Twitter veut du bien à votre anglais

2 août 2009

Bref échange sur Twitter : je lis les diffusions de BloggingTipsCom ; l’auteur a demandé à ses abonnés quel était l’aspect le plus difficile de l’activité blogueuse. Après avoir remercié collectivement ses correspondants de leurs réponses, il a concocté un billet pour les commenter à son aise. La politesse et la cordialité s’inscrivant dans la stratégie commerciale, à mon tour, je me suis empressée de manifester ma gratitude à l’auteur par Twitter.

Que croyez-vous qu’il répondit ? « You’re welcome » ? Ou encore le visqueux « my pleasure« , le familier « np » pour « no problem« , un consternant « that’s ok« , voire un simple « yeah » ? Non, mon interlocuteur possède un tantinet plus de classe :

BT vers moi

Ici.

Réaction impeccable. La réplique idoine. Nous sommes deux personnes se connaissant peu, vaguement collègues par occasion, devisant sur le Net ; ni dans une soirée entre potes, ni dans une cérémonie protocolaire.

Je vous en rajoute une couche au passage sur les formules « thank you » et les réponses possibles. A tempérer toutefois selon les variables géographiques et culturelles – écueil inévitable au regard du nombre d’anglophones. Même si, en contexte informel, les maladresses ne prêtent guère à conséquence, la connaissance étendue et renouvelée chaque jour des codes sociaux permet d’appréhender les nuances de ces échanges. Si, par mél commercial d’entreprise à entreprise, mon interlocuteur me répondait « no sweat » ou, à l’inverse, une politesse exagérée, je risquerais fort d’en conclure qu’il se paie ma tête ! 🙂

J’en profite pour rebondir en insistant par ce billet sur une situation typique où s’illustre la variété des supports par lesquels s’imprégner d’une langue et en absorber les formulations usuelles. A titre personnel, les jeux vidéo en ligne participent à l’entretien de mon anglais – je consulte aussi des ressources plus sérieuses mais là n’est pas mon propos. En effet, le principe même de ces interfaces consiste à interagir avec les gens, lesquels bien souvent papotent en anglais sur les forums, les niouzlaiter, les blogs, le vocal ou le système de messagerie instantanée du jeu. A défaut de tournures élégantes, le lecteur digère un style de tous les jours ; par là même, il tisse une affinité naturelle, tremplin pour porter ensuite son apprentissage vers des contenus plus complexes. Pourquoi apprendre ne serait-il pas ludique ?

***

PS : mon Twitter se trouve sur http://twitter.com/Transtextuel


De l’argent dans les mondes virtuels – 3

13 juillet 2009

Deux billets précédents ont servi à expliquer, dans les grandes lignes, les mécanismes de l’économie dans les MMO. Je vous invite à les consulter afin de mieux suivre la terminologie et le cadre de mes propos : volet 1, volet 2.

Revenons aux aventures de Duchmol, personnage fictif désargenté mais avide de poser ses doigts virtuels et boudinés sur The Preciousss, armure enchantée d’une valeur de 100 pièces d’or. Contrairement aux phénomènes du climat sélénite, ce métal précieux ne pousse pas sur les arbres ; aussi Duchmol se voit-il amené à augmenter son capital via le commerce.

Fini de rire !

Fini de rire !

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes virtuels s’il n’existait pas, à l’instar des systèmes classiques, une économie souterraine. J’ai nommé le RMT, pour Real Money Trade, c’est-à-dire l’échange des devises virtuelles contre des monnaies réelles. Selon les jeux, les vendeurs et acheteurs se dénomment différemment (goldfarmers par exemple); toutefois le principe demeure identique.

Duchmol, de son véritable prénom Robert, exerce un métier très réel pour régler ses non moins réelles factures ainsi que les ponctions de l’Etat ; il occupe ses loisirs en compagnie de sa fiancée et de ses amis, il bouquine puis se défoule avec son équipe de footeux amateur. Robert Duchmol, sur le MMO, convoite The Preciouss, sans pouvoir se départir d’une inquiétude : combien d’heures devra-t-il consacrer à gagner le montant nécessaire ?

Souhaite-Chope entre Robert Duchmol et les Quatre Vélociraptors

A l’autre bout du monde (plus ou moins), nous avons une équipe de joyeux drilles, appelons-les innocemment “les Quatre Vélociraptors”. Dans leur pays dont le PIB se languit, ils vivent à 10 dans un trois-pièces ; jour et nuit, ils se relaient pour contrôler une demi-douzaine d’ordinateurs et œuvrer sans relâche sur des MMO. Sauf qu’ils ne jouent pas, ils travaillent eux aussi : ils amassent des pièces d’or virtuelles.

Entre Robert Duchmol et les Quatre Vélociraptors, un intermédiaire centralise les demandes et les offres de pièces d’or. Chaque jour, le cours en argent réel des devises virtuelles subit des fluctuations, non seulement jeu par jeu, mais également selon les différents serveurs d’un même jeu. Appelons cet intermédiaire Souhaite-chope.

Robert Duchmol surfe discrètement sur le site Souhaite-chope, qui propose 100 pièces d’or, montant nécessaire pour acquérir The Preciousss, moyennant 25€. Robert calcule : 25€ équivalent à deux ou trois heures dans son emploi réel rémunéré en euros – la réalité du pouvoir d’achat via les dits euros renverrait à un débat rigolo mais largement hors sujet. Récolter patiemment la somme voulue équivaudrait à plusieurs dizaines d’heures sur le jeu, qu’il trouvera sans peine à occuper autrement. Robert ne fait ni une ni deux : il passe commande, indiquant ses coordonnées réelles, y compris bancaires, ainsi que ses coordonnées sur son MMO de prédilection. A l’autre bout du monde, Souhaite-Chope informe un membre des Quatre Vélociraptors qu’un certain Duchmol attend livraison des 100 pièces d’or. Une fois la réception vérifiée et la commission prélevée par Souhaite-Chope, ce membre des Quatre Vélociraptors perçoit une rémunération en échange – disons l’équivalent de 15€. Dans sa région, cette somme représente une cagnotte raisonnable par rapport à la prestation fournie : installé malcommodément sur une chaise, les yeux vitreux par de trop longues heures de jeu, il échappe au chômage ou à des emplois physiquement pénibles.

Variantes :

Power-leveling

Robert estimera que le personnage Duchmol, archer, lui ayant procuré satisfaction, il serait avisé de découvrir le jeu sous un jour nouveau en explorant une carrière différente, par exemple soigneur. Place aux jeunes, voici que Robert crée un reroll (ou un alt) : Duchnok. Or, Robert a déjà vécu maintes expériences avec Duchmol et ne souhaite pas s’embarrasser de phases assommantes lors de la progression de Duchnok. Il songera donc au PL, Power-Leveling. Cette pratique consiste à se débarrasser le plus vite possible des niveaux sans intérêt. Deux solutions se présentent : recourir à un ami de niveau plus avancé qui mettra Duchnok sous perfusion de soins (healing), de protections (buffs) et autres : les monstres s’enchaînent alors à toute allure. Duchnok, en échange, accordera un bien ou quelques pièces d’or à son ami. Entre joueurs et sous réserve que le jeu s’y prête, ce service n’a rien d’exceptionnel. Mais Robert ne connaît aucun ami prêt à lui rendre ce service et surtout pas 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 comme un stakhanoviste. Alors, Robert penche vers la seconde solution ; il surfe sur Souhaite-Chope où il loue, moyennant euros, les services d’un prestataire. Ce dernier se chargera de lui envoyer un soigneur corvéable à merci ou, le cas échéant, recevra les coordonnées du compte joueur de Robert pour améliorer Duchnok à marche forcée.

Duchmol et Duchnok sont dans le Titanic…

Après des mois ou années de réjouissances sur MMO, Robert souhaite quitter le jeu. D’un regard attendri il contemple ses compagnons pixelisés par lesquels il a vécu tant d’aventures, parfois rencontré des gens irl (in real life : physiquement). Certains d’entre eux sont devenus des copains, il a même trouvé une fiancée, pourquoi pas ? Robert, indécis, tripote son mulot en se demandant s’il est bienséant de cliquer sur “Effacer personnage”. Supprimer son compte de joueur signifie la rupture de relations sociales dans le cadre d’un univers qu’il a bien apprécié. Robert prend alors une décision parmi ces éventualités :

  1. Il distribue ses affaires et son or à ceux qui restent, après tout il ne s’en servira plus et ça profitera à d’autres. Puis il efface son personnage, clôture son compte joueur et s’envole vers d’autres cieux.

  2. Il distribue, etc. mais conserve son personnage une fois dépouillé, juste le temps de papoter avec ses copains.

  3. Il distribue etc., ou pas, dans tous les cas il refile son compte à un copain qui paiera l’abonnement. Bref, Robert s’arrange avec son pote mais ne clôture pas son compte.

  4. Il songe à la valeur financière que représente ce compte de jeu : le niveau de son personnage, ses expertises, son artisanat, ses objets de valeur vendables ou non, sa renommée… Robert cogite et calcule, Robert visite Souhaite-Chope ou Ebay, Robert constate que son Duchmol et/ou son Duchnok pèsent quelques centaines d’euros sonnants et trébuchants. Robert vend son compte joueur et empoche de quoi s’offrir de menues fredaines.

Jusqu’ici, se diront les profanes, l’affaire tourne rond, aux détails près de jugements moraux sur Robert et sur le gaspillage financier de ces affaires, qui après tout ne regardent que les protagonistes.

…Rien n’est moins sûr !

Tréfonds malodorants d’illégalité chez les RMT

Outre le mépris des joueurs à l’égard de Duchmol qui s’octroie un avantage injuste sur les joueurs s’échinant à récolter honnêtement leur armure, Robert a enfreint le ToS (Terms of Service) : le contrat entre l’utilisateur final et l’éditeur de MMO prévoit généralement l’interdiction d’exercer le RMT autant que d’y recourir ainsi que la transmission des comptes des joueurs. En soi, enfreindre le contrat n’est pas très glorieux ; la réalité du RMT l’est moins encore.

En effet, struggle for survival oblige, les Quatre Vélociraptors ont absolument besoin de livrer leurs pièces d’or à Souhaite-Chope pour régler leurs propres factures réelles. S’ensuit, en toute logique, une course à la productivité, quitte à tricher avec des programmes tiers (third-party software), qui n’existent pas à leur usage exclusif mais qu’ils utilisent frénétiquement. Ces petites inventions informatiques servent à leur conférer des avantages déloyaux sur les joueurs normaux : les personnages des Quatre Vélociraptors pourront ainsi courir plus vite, agir plus vite, répéter automatiquement une action (botting), exploiter des failles du jeu pour se téléporter et ainsi de suite – sans parler des embrouilles pour soutirer leur or aux joueurs (scamming). En conséquence, les RMT finissent par détenir un quasi-monopole sur des ressources car les joueurs normaux sont trop lents pour aboutir au même résultat. A force de triche, les Quatre Vélociraptors parviendront à maîtriser le marché, d’où effondrement des cours ou, au contraire, surévaluation. Les joueurs commerçant occasionnellement ne trouvent pas preneur pour un prix permettant de dégager un bénéfice minimal ou, à l’inverse, ne trouvent leurs produits qu’à des tarifs exorbitants ; les clones des Quatre Vélociraptors ne tardent pas à envahir tous les secteurs de l’économie du jeu : écœurés, les joueurs normaux craquent, soit en s’adonnant à leur tour à des pratiques déloyales, soit en résiliant leur compte ; dans tous les cas, une ambiance exécrable s’installe dans le jeu.

Il suffirait de pourchasser les Quatre Vélociraptors, après tout. On les repère, on les avertit puis, sprotch! clôture du compte (ban, banning, permaban) pour enfreinte au contrat. Sauf que d’une part, les éditeurs de jeu ne souhaitent pas forcément embaucher des enquêteurs et arbitres du jeu (notamment des GM : Game Masters), avec le coût engendré sur les abonnements des joueurs ; d’autre part, les Quatre Vélociraptors et leurs clones s’en rient bien : pour un compte joueur fermé, ils en ouvrent dix nouveaux. Ce qui d’ailleurs n’est pas sans laisser songeur sur d’éventuelles fraudes à la carte bancaire, mais passons.

En dernier ressort, les Quatre Vélociraptors, menacés par leurs propres créanciers, vont devoir inventer mieux. J’avais mentionné la valeur marchande d’un compte joueur. Alors, mine de rien, ils piègent les sites communautaires où se rendent les gamers et laissent filtrer des annonces alléchantes ou, tout simplement, ils piratent (hack) le dit site communautaire en y insérant un script ou une bannière vérolée (exploit). La victime s’infectera en toute innocence, le programme enverra un signal aux Quatre Vélociraptors, qui n’auront plus qu’à se baisser pour cueillir des comptes joueurs alléchants et les revendre sur des sites spécialisés.

Un beau matin, Eleuthère, un joueur ne fréquentant ni Robert et ses pairs, ni les Quatre Vélociraptors et leurs clones, souhaite jouer son personnage ; à sa consternation, il constate alors que son mot de passe ne fonctionne plus, que ses coordonnées de compte ont été changées, que son personnage a migré de serveur. Après quelques discussions avec le service clientèle du MMO, Eleuthère apprend que son personnage a été effacé, ou qu’il appartient à quelqu’un d’autre (qui a versé des euros réels en contrepartie), ou encore qu’il peut récupérer son personnage, mais dépouillé de tous les objets rares (dont The Preciousss) accumulés au fil des mois ou années : les Quatre Vélociraptors ont bien entendu commencé par refourguer tous les biens vendables pour en retirer de l’or virtuel.

Marché noir virtuel sur un MMO

Un personnage RandomA reçoit les affaires d’Eleuthère-le-piraté. Puis RandomA aura réparti les dits biens en trois lots, envoyés respectivement à RandomB, RandomC et RandomD. Les joueurs réels auront innocemment acheté ces biens à la Maison des Enchères, le fruit de ce recel sera ensuite envoyé à RandomE, qui a son tour redistribuera… enfin, le nettoyage terminé, tous les personnages Random sont effacés. Au passage, les pirates utilisent Eleuthère pour tricher, tant qu’on y est. Eleuthère, en récupérant son compte, apprend qu’il est non seulement sur la paille mais que son personnage a commis des infractions. Infractions valant… résiliation du compte. Elle est pas belle, la vie virtuelle ? 😉

En guise de conclusion pour cet epic wall of text sur l’argent dans les MMO, je précise que j’avais trouvé il y a environ 3 mois une offre d’emploi dans les jeux vidéo. Précisément, chez une entreprise apparentée à Souhaite-Chope. Le test s’annonçait facile sur le plan technique, encore eût-il fallu que je misse mes convictions et mon expérience de gameuse au placard. Sans parler de l’impossibilité d’avouer ce sale boulot à mes copains gamers, à mes relations en général et surtout, surtout… le boulet que j’aurais traîné sur ma réputation avec ces tripotages pas très propres que sont les affaires de RMT.

Et vous ? Vous facturez vos convictions à l’heure ou plutôt au mot-cible ?

Précédents : De l’argent dans les mondes virtuels – 1De l’argent dans les mondes virtuels – 2


De l’argent dans les mondes virtuels – 2

11 juillet 2009

Ma convalescence se poursuit dans la tranquillité en Limousin ; même si ma santé ne me permet pas de participer aux réjouissances locales, j’ai néanmoins appris avec intérêt qu’un club de motards comptait organiser une festivité dont l’hôte de marque se devine aisément.

Mon régime alimentaire toutefois me porte vers d’autres mets, dans la terreur qu’inspire l’expérience des fromages locaux dont l’intensité aromatique n’est pas sans rappeler…

Remède violent

La perspective de ces antidotes m’incite à retrouver au plus vite ma vigueur coutumière.

Ne négligeons pas cependant le serious business : mon opiniâtreté délirante me dicte expressément de pondre la suite des histoires de pognon dans les mondes virtuels. Le volet 1 se trouve ici et décrit les termes PJ et PNJ.

Afin de mieux exposer l’intérêt des liquidités dans le monde chatoyant des MMO, je te me vais empoigner un personnage fictif, dénommé Duchmol.

Duchmol convoite une belle armure enchantée, appelée “The Preciousss” grâce à laquelle ses aptitudes de base gagneront en puissance au combat et son potentiel de sexitude explosera par l’envie qu’il inspirera aux autres joueurs. Les méandres du jeu lui fourniront plusieurs occasions de combler ses appétits. Ci-dessous, je mentionne quelques-uns des expédients possibles, sans prétention à l’exhaustivité :

Quêtes et butins

Un PNJ à l’apparence de Raton Gaffeur promettra de livrer l’armure en échange du décès de 50 « licornes » ; les dites licornes sont des PNJ neutres du système, circonscrits à une zone précise. Le système renouvelle périodiquement cette population de licornes (respawn). Duchmol, sous l’emprise d’abjects desseins matérialistes, s’en va donc trucider les nobles équidés. Au bout du cinquantième, la quête recevra validation automatique et l’heureux Duchmol, les systoles trépidantes  dans son enthousiasme, ira retirer sa Preciousss auprès du PNJ Raton Gaffeur. Bien entendu, la quête de The Preciousss est susceptible de se décliner en plusieurs phases, avec des ennemis plus ou moins coriaces, dans des environnements plus ou moins hostiles, selon des contraintes de temps… Aussi Duchmol devra-t-il probablement rameuter quelques compères pour venir à bout des Licornes et autres adversaires redoutables – Escargots Mordeurs ou autres Truites Velues.

J’en viens à un type de quête corrélé mais différent : une campagne collectiveThe Preciousss s’inscrit parmi les lots des gagnants. Duchmol s’attachera alors à gagner des points : l’armure coûte 100 points, soit 100 victoires pour le défi. Autre possibilité : un ennemi une fois vaincu laissera The Preciouss en butin collectif. Un système de tirage au sort départagera un gagnant parmi les candidats. A moins que les joueurs ne tranchent entre eux à qui échoira le trophée. Ces instants sont l’occasion où se manifestent des exubérations et des hululements de réussite collective, mais aussi  d’anciennes rancunes alimentées par une relation de favoritisme réel ou imaginaire : en somme, l’heure idéale pour les règlements de compte au sein du jeu, autrement appelé « Drama » (et « serious business » aussi, cela va de soi).

Numéraire

Si le système en laisse la possibilité, Duchmol pourra acquérir The Preciousss moyennant, disons, 100 pièces d’or, soit auprès d’un PNJ, soit auprès d’un PJ en transaction directe, soit auprès d’un PJ via un système d’enchères.

D’un simplicité déconcertante après quelques secondes, les systèmes d’enchères fonctionnent grosso modo selon le schéma suivant : un PJ détient un bien matériel (une Carotte Magique) dont il souhaite se défaire, non sans gain. Ne sachant pas qui, parmi les milliers de joueurs présents sur le jeu, pourrait vouloir la Carotte Magique, il la dépose dans une maison des enchères à un certain tarif. Les acquéreurs potentiels verront alors que la Carotte Magique est disponible à la vente, sous réserve de payer le montant affiché. En cas d’achat, le joueur acquéreur se verra soustrait de 100 pièces d’or et son inventaire comportera la Carotte Magique.  Pour sa part, le joueur vendeur se verra crédité de 100 pièces d’or et la Carotte Magique aura disparu de son inventaire. Bref, la maison des enchères consiste bêtement à centraliser les offres et les demandes.

Tu gagneras ton or à la sueur de ton clavier

Revenons à Duchmol, dont les mirettes ne quittent pas The Preciousss. Drame : Duchmol n’a pas 100 pièces d’or. Peut-être pourrait-il marchander ou encore troquer directement auprès d’un ami en jeu, mais Duchmol se trouve à ce point démuni qu’il ne saurait formuler une proposition honnête pour obtenir The fameuse Preciousss. A l’instar de la vie physique, l’or ne pousse pas spontanément dans les poches des joueurs. Leur portefeuille ne s’arrondit qu’à la condition de commercer.

Les MMO pourvoient à ce tracas :

Les quêtes, à travers des récompenses en numéraire ou en nature, permettront à Duchmol d’arrondir sa cagnotte.

Duchmol aura peut-être développé des compétences en artisanat (crafting), à savoir une compétence lui permettant de fabriquer des objets de plus en plus convoités et de plus en plus rares : potions, armes ou armures enchantées, bijoux… qu’il cèdera à d’autres joueurs aux spécialités différentes, moyennant troc ou finances. Ainsi, Duchmol engrange de l’argent virtuel lui permettant d’augmenter à son tour son capital, soit auprès d’autres joueurs humains  (PJ) soit auprès de programmes internes au jeu, les PNJ. Pour ce faire, Duchmol a besoin de se procurer des matières premières qu’il transformera. Il ira en dénicher auprès de certains PNJ réservés à cet effet, ou encore auprès d’autres joueurs humains (Maison des Enchères ou échange direct) ou, enfin, là où ces denrées poussent en abondance : sur les ennemis. Si Duchmol se débrouille bien, il réussira à produire des marchandises d’une qualité particulière ou à occuper une niche commerciale, d’où pactole.

Duchmol s’adonnera probablement quelque peu au farming. Dans un carré de trèfle s’ébattent des PNJ appelés “Blattes délectables”, s’offrant au tranchant des épées rutilantes. Les Blattes délectables sont dépourvues d’intérêt pour la progression : pas de point d’expérience ni de compétence à espérer. En revanche, les savoureux blattoptères trépassent d’un seul coup, autant dire à toute allure. Chaque décès rapportera à Duchmol quelques piécettes et un objet appelé Antenne Confite, qui se vend en lot (stack) de 10 à la Maison des Enchères pour 5 pièces d’or. Duchmol entreprend de balayer les Blattes délectables de la surface de l’univers virtuel, non sans empocher le bénéfice suite à la vente des Antennes Confites. Qui diantre voudrait acheter les reliques de ces gracieuses bestioles ? Un artisan, pour fabriquer ses marchandises, dont il dégagera un bénéfice substantiel. Faute de preneur, Duchmol revendra le fruit de son blattocide massif à un PNJ, qui lui en offrira 3 pièces d’or.

Ensemble, envolons-nous vers les nues et contemplons cette masse grouillante

Extrapolons ce système : plusieurs centaines de PNJ ; des trouzaines de monstres produisant chacun plusieurs biens de valeur à recueillir ; des collectes de ressources dans l’environnement de jeu (pêche, cueillette de plantes, récolte de bois…) ; une immense variété d’expertises dans les artisanats ; quelques milliers de joueurs duchmoliens pour pratiquer à chaque instant des transactions commerciales et s’approprier des Preciousss.

Interventionnisme ou régulation ?

Les développeurs du jeu conservent la prérogative de peser sur ces échanges : concevoir des objets non-vendables, des quêtes très faciles ou a contrario très difficiles, réguler la probabilité d’un butin (drop rate) ou instaurer des systèmes de points… si les Blattes délectables sont coriaces, peu de joueurs pourront s’y attaquer ; si obtenir leurs Antennes confites réclame un acharnement particulier, la complexité engendrera un tarif plus élevé ; si les artisans ne parviennent à produire The Preciouss qu’à une cadence exceptionnelle, son prix reflètera la rareté de la prestation.

Bienvenue dans l’économie d’un MMO. Ces univers attirent l’attention d’experts en économie ; tenez, en 2007 Eve Online a embauché un spécialiste (bonjour, monsieur) et d’autres universitaires de haut vol s’y intéressent.

La suite des aventures de Duchmol et ses amis vous attend sous peu.

Note aux gamers : Oui, j’ai brossé un tableau incomplet. Il ne s’agit pas d’un oubli : une minutie exagérée déborderait amplement la thématique centrale de cette série.

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De l’argent dans les mondes virtuels – 1

8 juillet 2009

Oyez oyez, aimables lecteurs ! J’ai le plaisir, ou le regret (comme vous voudrez) de vous annoncer que je n’ai point trépassé. Je me suis retirée sur les terres de mes ancêtres paternels pour une convalescence verdoyante.

Verdoyance et liquéfaction en Limousin

Verdoyance et liquéfaction en Limousin

Néanmoins, ma barque bloguesque continue de cingler sur les flots du ouaibe avec les contacts voire rencontres au gré des bourrasques soufflant par les lèvres vermeilles de la déesse aux cent bouches – surtout que je m’entête à vouloir décrocher un CDI ou CDD en entreprise, dessein d’une audace incongrue en ces temps de morosité économique, d’où vociférations virtuelles opiniâtres pour envoyer mon CV tous azimuts.

Tirant parti de ce repos à l’insu de mon plein gré, je m’attaque aujourd’hui avec impétuosité à un thème que je souhaitais depuis longtemps exposer céans : l’économie dans les jeux en ligne massivement multi-joueurs, ou MMO, dont j’avais proposé quelques aperçus dans de menus billets précédents.

Pour ménager ma santé autant que le suspense, j’escompte fractionner mon propos en plusieurs articles.

Évidence introductive : vouloir rester solitaire sur un jeu en ligne procède d’une démarche curieuse. Un MMO s’articule autour des interactions entre joueurs : alliés contre adversaires, diplomatie, entraide, amitiés et inimitiés (feintes ou réelles), réseaux internes dont les guildes rassemblant des membres autour d’intérêts communs : expertises, sympathies réciproques, rythme de jeu, prédilections envers certaines activités… sans négliger ce paramètre essentiel : le commerce !

On peut vraiment faire de largent avec nimporte quoi, pas vrai ?

On peut vraiment faire de l'argent avec n'importe quoi, pas vrai ?

Les joueurs s’échangent des objets, soit par troc, soit à travers une devise virtuelle (pièces d’or par exemple). A l’instar des monnaies classiques, la « pièce d’or » ne possède bien entendu pas de valeur intrinsèque. Cette unité ne représente qu’une convention en alternative au troc pour faciliter les échanges commerciaux au sein du jeu.

Brève fiche terminologique en guise d’échauffement

PC signifie playing character ; en français : PJ, personnage joueur. Ce sont les personnages maîtrisés directement par un humain, la représentation virtuelle d’un individu dans le jeu.

Les NPC (non playing character ; PNJ : personnage non joueur) consistent en des programmes informatiques générés et activés par le jeu, disséminés sur l’ensemble du monde, répondant à des fonctions précises. Sous des apparences diverses, les PNJ sont amicaux ou hostiles et remplissent des tâches automatiques, agrémentées à l’occasion de propos variés. Certains servent à fournir des indices pour une quête, d’autres attribuent une récompense matérielle (objet) ou non (compétence) suite à un exploit, d’aucuns vendent des cartes, matières premières ou montures, il en est aussi dont le rôle consiste à permettre aux joueurs d’écouler leurs biens contre des espèces virtuelles via lesquelles le joueur pourra s’offrir de nouveaux biens, soit auprès des PJ, soit auprès des PNJ.

Honorables lecteurs qui avez survécu jusqu’à ces lignes sans migraine, veuillez agréer mes compliments ; dans un regain de férocité, je vous menace d’un rendez-vous à venir pour développer ces histoires virtuelles de pognon, pèze, galette, flouze, blé, ronds, braise, grisbi, fric et autres oseille !

Suivants :

De l’argent dans les mondes virtuels – 2

De l’argent dans les mondes virtuels – 3


Quand une bourde de traduction se hisse au rang des légendes

21 mai 2009

Parmi les phénomènes internet imputables aux geeks, citons les lolcats. De messagerie en forum, de liste de diffusion en nymelle, ces bestioles flanquées d’une légende à l’orthographe volontiers fantaisiste se sont glissées dans toutes les tanières de gamers.

Pas content, hein ?

Pas content, hein ?

Si la lassitude gagne les assidus, il n’en va pas de même parmi les moins initiés, au point que ce passe-temps sans prétention entre amateurs de pixels est devenu depuis belle lurette une opération commerciale.

Les lolcats – du moins les plus anciens – reflètent certaines allusions à des jeux vidéo (ici ou ici), à des joueurs célèbres (ici) et bien entendu à des références courantes, dont par exemple Dune, Matrix ou Star Wars.

En l’occurrence, concernant Star Wars, l’illustration de ce billet présente l’amusante caractéristique de miser doublement sur la culture geek : au lolcat se superpose une célèbre bourde de traduction qui a enchanté les spectateurs d’une version pirate du film. La quintessence d’un amateurisme frisant le chef-d’œuvre dans la catégorie « traductions créatives » se résume dans l’expression devenue mythique « do not want« . Je vous renvoie à cet excellent article décortiquant la genèse de cette légende à la postérité inattendue : des centaines, milliers, millions d’images et de plaisanteries autour de ces trois petits mots. Regrettable absence de droits d’auteur () : les estimables lettrés à l’origine de cet engouement, suivant la vocation du traducteur toujours discret, demeureront dans l’ombre de leur atelier tandis que le fruit de leur labeur continue de se répercuter sur la Toile, à la liesse des internautes.

Darth Vador alias Daxi Weida alias Reaching the west of reaches pouvait-il rêver d'un tel succès ?

Darth Vador alias Daxi Weida alias Reaching the west of reaches pouvait-il rêver pareil succès ?

A quand une décoration en hommage au « traducteur » inconnu ? (si vous avez des suggestions quant à sa matérialisation, envoyez… )


La langue dorée des trolls

22 avril 2009

Un commentaire est apparu hier soir sur mon blog. Il était classé comme « spam » mais je trouverais fort dommage d’effacer ce monument.

Les trolls ne sont pas forcément verts et poilus. Du moins, en apparence.

Les trolls ne sont pas forcément verts et poilus. Du moins, en apparence.

Un œil averti y reconnaît du grand art, un bijou, un chef-d’œuvre de style trollesque. Force m’est de m’incliner devant cette maîtrise rare du noble sport des forums, wikis et listes de diffusions. Ca mériterait presque une médaille en chocolat, du moins une citation honorifique céans.

Les moins avertis se demanderont probablement le rapport entre mon propos et les créatures ci-dessous, dont le palais raffole de Hobbits dodus en mal d’aventures.

Le Bilbo flatte les papilles trollesques.

Le Bilbo flatte les papilles trollesques.

Je livre la clef du mystère : un troll désigne sur le ouaibe un message, une discussion ou par extension une personne dont les paroles se caractérisent par leur volonté de provocation, de mauvaise foi, d’invectives et surtout leur prédilection envers la quête éternelle du point Godwin.

Je vous renvoie à cette excellente page analysant la troll-attitude : le troll-o-mètre. Voilà qui, je l’espère, édifiera mes lecteurs sur l’émerveillement qui me transporte devant le style et la maîtrise du commentaire cité en introduction ! Les espaces de débat sur le Net pullulent de jargon spécifique : troll, flood, flam, spam, fake, taunt, pull, newbie (newb, nioube, noob), leet (1337), epic win, epic fail, spoil, lol (lmao, rofl, olol, lolilol, kikoolol, lul, luls, lulz, laul…), rock (rox, roxxor), suck (sux, suxxor), whine (ouin ouin), amha (imo, imho et autres afaik, ou iirc), poidh, quote war, NSFW – sans parler des émoticônes… j’en méconnais, j’en oublie, j’en ignore moult. Je me soigne néanmoins en fréquentant assidument cette curieuse faune, à laquelle j’ose clamer mon appartenance au péril de ma vie. L’usage intensif de l’anglais en la matière ne me trouble pas :  en tant que technicienne, je constate  là un fait de langue. A d’autres le soin de pleurnicher d’arbitrer.

Je livre ici à titre d’information mes deux termes favoris :

« pwnd » (pwnage, pwned, pwn), var. owned : renvoie à l’idée de défaite cuisante d’une part et de victoire éclatante de l’autre. L’usage est volontiers ironique. Une simple recherche gougueule renvoie à une foultitude d’images expressives. Je propose ce lien anglais à titre d’éclaircissement.

« plussoyer » (plussoiement), var. +1 : approuver un propos précédemment publié. Voir explications. Note : maintes interfaces estiment qu’un message comportant simplement « +1 » ou « je plussoie » constitue un flood.

Encore du grain à moudre pour les terminologues et autres adeptes de recherches sur les sociolectes ! Et longue vie aux trolls de qualité ! ^^/

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Edit en bonus : Un billet consacré aux trolls sur le dictionnaire du futur (voir article du « Monde »). Sans oublier bien entendu son Twitter !


Gamer jusqu’au bout de la langue

30 mars 2009

Matériel de survie dun gamer

Matériel de survie d'un gamer

Excellente nouvelle aux traducteurs : une future diplômée de l’ESIT entreprend son mémoire de terminologie sur le thème des MMORPG (pas sûre du titre définitif). Les curieux peuvent consulter mon précédent article d’introduction. Cette manifestation d’intérêt, synonyme à mes yeux du poids économique et social croissant de cette industrie, fournira une ressource précieuse à ceux dont l’œil n’a pas encore posé le pied dans cette jungle exotique. J’espère que les terminologues professionnels y verront un appel implicite en faveur d’un travail exhaustif sur les bases de données couramment consultées.

Les gamers cultivent leur propre sociolecte face auquel le profane se noie, phénomène qui s’aggrave parmi les adeptes d’un jeu précis. Pour le meilleur ou le moins bon, la communauté francophone de FFXI, relativement restreinte, s’est heurtée au double écueil de l’absence d’une traduction française et de la rareté des sites d’information pour joueurs avancés dans leur langue. [Note : le jeu, lancé en 2002 au Japon, a été introduit en 2003 aux États-Unis, en 2004 en Europe et la version française date de mars 2007]. Les locuteurs gaulois de la première heure se sont immergés parmi les plus anciens, Japonais et Nord-Américains principalement. D’aucuns parmi mes compatriotes, rebutés par cette barrière, n’osaient tenter l’aventure ou bien en décrochaient sans demander leur reste. D’autres en revanche, plus motivés, se dépatouillaient tant bien que mal pour comprendre l’univers du jeu et – aspect vital d’un MMO ! – interagir avec autrui.  On va dire en consolation que cette sélectivité involontaire présente le mérite d’offrir un vecteur d’apprentissage de l’anglais…

A l’époque où j’y plongeais, je ne pouvais contourner les forums de référence : killingifrit, bluegartr et allakhazam, plus riches et mouvementés que les interfaces françaises perpétuellement retardataires. L’anglais ayant pour lui d’être plus ou moins parlé malgré les frontières, il rassemble ceux qui souhaitent prospecter et comparer des points de vue variés – remarque bouleversante d’originalité qui s’applique à une énorme masse de domaines, au passage.

A titre d’initiation aux mystères de la geekitude et d’aperçu des vocables dans la communauté des gamers,  je me suis offert une petite flânerie nostalgique en impromptu et j’en ai récolté quelques échantillons dont je vous régale ci-après. J’invite les âmes sensibles à désactiver leurs images avant de cliquer sur ma source, à savoir ce lien. Les encore plus sensibles feraient mieux de purement s’abstenir de visiter. L’humour en général et l’humour geek en particulier n’étant pas toujours très digestes, mieux vaut épargner les vilains mots à vos pauvres noeils.

Contexte : une conversation tout à fait banale entre chevronnés sur un monstre difficile apportant une récompense (un boss). Dans une carcasse d’écrou, un groupe maximal de 36 joueurs doit,  pour chaque individu, remporter la victoire dans des salles (chambers) où se trouvent des méchants très méchants. Chaque palier (wing) comporte plusieurs chambres. Chacun doit réussir toutes les instances de wing (palier) 1 pour débloquer l’accès à la wing 2 et ainsi de suite jusqu’à l’ennemi final de cette instance : Odin. Lui, là, celui qui fait le mariole sur son trône à purin.

Cliquez pour voir l'image originale en grande taille

Les épiques combats de geeks pour sauver l'univers

Cette promenade chez mes ex-pairs m’inspire d’expliquer aux intéressés quelques termes courants dans les MMO en général :

logically it should take 1 month and a half with a static that all the ppl there never been absent in any run to get odin chamber : une static (en français : une fixe) désigne un groupe stable de joueurs qui entreprend une action coordonnée sur la durée, quitte à attendre un membre pour progresser en harmonie. On trouve aussi pre made ailleurs et probablement encore d’autres. Ce terme s’oppose à pick-up : groupe aléatoire qui se rassemble au coup par coup pour une mission précise et se sépare ensuite sans prévoir de renouveler l’expérience.

These drops better be freaking 100% drop : un drop est un butin matériel récolté en tuant un monstre en PvE ou un joueur en PvP. Ce terme ne recouvre pas les récompenses non-matérielles (nouvelle aptitude, points d’expérience, déblocage de l’accès à une zone…).

They don’t mana burn all tiers. [FFXI] Manaburn signifie exploiter massivement les mages pour tuer des monstres. Ce terme s’oppose à TP burn, où les combattants au corps-à-corps déchaînent leur aptitudes physiques, ainsi qu’à old school, c’est-à-dire une groupe équilibré classique. Chaque style instaure des stratégies particulières. Un tier est un palier, c’est-à-dire un stade de progression délimité, généralement assorti de conditions.

Didn’t look like he was that easy to kite. I saw that the PLD was getting silenced a lot too, was that from Odin’s AoE? : 1) le kiting est une technique de combat où le mange-baffes (le tank = carrière destinée à encaisser les coups), ici le PLD (pour paladin), va à la fois attirer l’agressivité du monstre et courir pour éviter ses attaques. Cette stratégie s’applique dans le cadre d’affrontements où les assauts sont trop rapides et/ou trop intenses pour la survie du joueur. S’oppose au straight tanking, où le combattant lourd reste statique devant le méchant et encaisse normalement ses coups. Peut aussi désigner plus largement une tactique d’affrontement selon le même principe du « cours après moi pendant que je te tue fourbement » – surtout pour les carrières physiquement peu résistantes : mages, archers notamment. 2) Une AoE (area of effect) est une abréviation renvoyant à des dégâts (ou soins, etc) de zone affectant plusieurs cibles, par opposition à single target, où une seule pâtira des effets ou en bénéficiera. Note : il existe plusieurs types d’AoE, par exemple coniques (cone attack, cone effect).

once you’ve reached Odin’s chamber, you can refarm rooms : le farming consiste à répéter massivement une action, généralement facile, pour en obtenir les avantages, même si l’intérêt de l’action elle-même est limité. Par exemple, tuer des lapins de niveau 1 avec un personnage de niveau 70 : aucun défi, on cherche simplement à éliminer ces monstres le plus rapidement possible et en plus grand nombre possible pour en récolter la récompense (argent ou drop de valeur, ingrédients d’artisanat, débloquer un titre…).

Il y aurait matière à décortiquer ainsi des pages entières, mais il faut bien en laisser aux terminologues. 😉

Les joueurs entre eux partagent des abréviations qu’ils appliquent, par dérision ou par facilité, au monde réel (qu’est-ce que la réalité ? Relevé des copies dans deux heures). Ainsi, sur teamspeak, mumble ou autre interface vocale collective, un participant annoncera afk aggro irl, ce que chacun interprétera sans ambiguïté comme : « je quitte temporairement mon ordinateur (afk, away from keyboard) car quelqu’un réclame ma présence sans que je puisse me soustraire à cette demande (aggro) dans mon environnement physique (irl) ». Typiquement, un ami vient sonner à la porte et il ne saurait être question de l’éconduire, d’où interruption des activités en jeu. Aggro (an aggro, to aggro, I got aggro’d) signifie qu’un ennemi vient inopinément attaquer le joueur, qui se trouve alors en mauvaise posture. La sémantique glisse vers : solliciter quelqu’un, habituellement à l’improviste. Un gamer se plaignant que son patron ne l’augmente pas s’entendra ainsi répondre qu’il devrait aller aggro son boss.