La France, terre rêvée du bilinguisme

10 août 2009

Quand je lis que « 75% des cadres français affirment pratiquer une langue étrangère voire plusieurs« , je m’interroge sur  leur degré de maîtrise – à supposer qu’ils aient conscience de leurs lacunes. Quand je consulte le nombre de candidats arborant fièrement un niveau d’anglais « opérationnel », je demeure perplexe (quel équivalent dans le CECRL?). Chiches de passer un test international au débotté ? Quand je lis l’avalanche d’offres d’emploi réclamant des bilingues, je me prends à rêvasser d’examens pour jauger ce bilinguisme si banal en France. Partants pour une session improvisée de Cambridge Proficiency in English ?

Il faut croire que notre contrée regorge de personnes aptes à employer à la fois le français et l’anglais dans tous les raffinements, tous les styles du quotidien, toutes les nuances ; et, sans nul doute, les recruteurs savent à merveille apprécier la débrouillardise de leurs candidats…

Bilinguisme à la française ?

Bilinguisme à la française ?

Même pas bilingue malgré des conditions propices

J’aimais bien mon pote C. De parents hongrois, il vivait en Suède. Il absorbait les idiomes à une allure stupéfiante. En le voyant plonger avec délices dans des ouvrages magyars, je lui ai demandé s’il était bilingue. Il m’a répondu : non, j’ai suivi ma scolarité entière à Göteborg ; j’ai appris à manier le suédois dans tous les styles. Ma plume est assez agréable paraît-il. En revanche, je n’ai jamais exercé mon hongrois dans des situations sérieuses. Je me débrouille pour le comprendre et le lire mais je ne saurais pas l’utiliser dans des démarches administratives, professionnelles, commerciales, juridiques.

Bilingue : la réalité

Le bilinguisme réel signifie une aisance similaire dans l’une et l’autre langue, quel que soit le style, quelle que soit la situation – car il est impossible de traduire avec finesse sans connaissances culturelles. Le phénomène est très rare : l’écrasante majorité des humains cultive un idiome dominant, typiquement la langue maternelle.

Encore faut-il vérifier le degré de maîtrise dans la langue maternelle. L’Agence Nationale de Lutte contre l’Illettrisme relève : « 9% des personnes âgées de 18 à 65 ans scolarisées en france sont en situation d’illettrisme ». Lors de la JAPD, les dernières études mentionnent 20% de « lecteurs inefficaces ». Et quant à moi, je doute que les non-illettrés sachent tous comprendre et analyser les textes complexes dans tous les genres possibles.

Degrés d’affinités linguistiques et culturelles

En français, la pratique développe des affinités permettant de décrypter les informations autour du texte brut. Analyser en quoi Jules Renard n’écrit pas du tout comme Albert Cohen, les attitudes et allusions implicites chez un interlocuteur,  les différences fondamentales entre un article du Monde et les ragots de Paris Match, comment s’adresser respectivement au syndic et à un collaborateur de travail. En une phrase  : les relations sociales subtiles et variées selon les situations exigent une sensibilité linguistique élevée.

En anglais et en italien, la même démarche préside : cultiver des affinités pour affiner la compréhension (lecture, écoute) et la production (écriture, parole). Shakespeare, avec toute l’estime que je lui dois, ne sera d’aucun secours dans les actes quotidiens. Habiter à l’étranger, comme le soulignent Céline Graciet puis Audrey sur NakedTranslations,  signifie : les contacts et les contrats concernant logement, banque, travail, démarches administratives, santé, choix de produits dans les commerces, instructions dans l’entreprise, bavardages professionnels ou amicaux, orientation et transports… toutes les négociations, transactions, conversations que nous menons naturellement dans notre environnement habituel.

Rareté des bilingues, y compris traducteurs

Pour sûr, je me débrouille en anglais et en italien et, je l’espère, en français surtout ; les fameux « bilingues » hexagonaux,  les anglicisants « opérationnels », les rédacteurs veillant à leur style en français et d’autres encore ne dédaignent pas mes services à l’occasion !  (notamment quand ils croient les obtenir gratis) Pour autant, je ne suis pas bilingue et parmi mes rencontres, même si les nuances ne passionnent pas les clients et les recruteurs, je n’ai guère rencontré de collègues m’affirmant, les yeux dans les yeux, qu’ils sont « bilingues ».

D’une part à cause du nombre d’anglophones sur la planète : par la force des choses, chaque population décrit des réalités locales et cultive des expressions traditionnelles. D’autre part à cause de l’étendue des connaissances humaines : ouvrez un magazine sur l’automobile, l’informatique, les collectivités locales, la législation, les composants de l’alimentation, les figures de style ou n’importe quoi d’autre ; à perte de vue s’étale la richesse vertigineuse des mots sur l’hexagone – imaginez l’ajout de toutes les variantes régionales. Le patrimoine linguistique englobe les variations  les plus extrêmes.

L’expression « langue maternelle« , malgré le mécontentement de la HALDE, recouvre un fait linguistique d’importance cruciale en traduction. Je n’ai pas une souplesse égale du français vers l’anglais, ni par le vocabulaire, ni par le style. Toujours, je doute :  mes tournures sont peut-être compréhensibles et grammaticalement correctes, mais correspondent-elles à la situation ?

La familiarité dans ma langue et, à un moindre degré, avec l’anglais et l’italien, me permet d’appréhender les nuances fines de la communication humaine, depuis le registre vulgaire jusqu’au plus précieux, l’ironie ou la solennité, le classique banal ou le cordial, sans négliger l’intuition devant des vocables relevant d’une spécialisation ou les allusions indirectes. La communication humaine, même restreinte à l’écrit, ne saurait se borner à des informations purement fonctionnelles.

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Vadrouillages estivaux et potins traductophiles

31 juillet 2009

Comme l’ignorent les abonnés de Transtextuel recevant uniquement la mise à jour des publications, je continue à peaufiner la rubrique « en vrac » à mes instants perdus. En outre, j’ai ouvert un onglet permanent d’invitation aux amoureux des langues. A propos d’invitation d’ailleurs, Ilaria m’a fait l’honneur d’héberger le portrait de ma boule de poils. Je ne résiste pas à la jubilation de vous régaler d’un autre félin de la maison, avec la dignité et la grâce propres à sa race.

On peut en douter, mais je vous assure que c'est bien un chat.

On peut en douter, mais je vous assure que c'est bien un chat.

Quelques nouvelles diversement fraîches côté réseautage et babillages :

Une aimable collègue esitienne me signale l’inauguration récente du blog des traducteurs-adaptateurs de l’audiovisuel : ATAA.

Des classements inondent les gazouillis : Lexiophiles présente les 100 blogs linguistiques 2009 ici ;  le modérateur a récompensé les meilleurs blogs emploi et @css4design a entraîné un mini-buzz en publiant le Top 100+ des filles à suivre sur Twitter. Toujours pour évoquer l’emploi (oui, je poursuis mes recherches !), EspritRiche énonce ici quelques astuces à retenir dans le cadre des entretiens d’embauche.

Enfin, le crowdsourcing [définition] continue d’agiter le microcosme des traducteurs : la quête ô combien commune de prestations gratuites suscite un intérêt sans cesse renouvelé chez les particuliers et les professionnels, d’autant plus crispés que les donneurs d’ouvrage invoquent la crise pour réclamer des tarifs au rabais – certains métiers différents reçoivent aussi ces sollicitations répétées, à en croire les propos d’Isabelle.

blog des traducteurs-adaptateurs de l’audiovisuel

Saurez-vous améliorer mon français ?

25 juillet 2009

Que diriez-vous d’un jeu pour se délier la langue ensemble ?

Dans une frénésie saisonnière de rangement, j’ai exhumé de mes chemises cartonnées les lettres de motivation que j’expédiais jadis aux supermarchés dans l’espoir de financer mes vacances. Avec attendrissement et non sans franche rigolade, j’en ai relu les maladresses stylistiques et la fraîcheur naïve, le tout dactylographié manuscrit au stylo-plume.

L’aspect :

Extrait lettre motivation

Le contenu :

Madame, monsieur,

Mes études me laissent actuellement une durée conséquente, que je désire mettre à profit en travaillant.

Un poste de caissière me semble propice à réaliser ma première expérience de la vie en entreprise ; en effet, outre mon attirance pour les contacts humains, que l’atmosphère stimulante d’un supermarché permet de combler, j’apprendrai beaucoup du monde du travail en général, et du fonctionnement d’une grande surface en particulier.

Je suis bien consciente que mon manque d’expérience me fait défaut ; néanmoins, je pense que l’emploi de caissière nécessite, surtout, des qualités : aimabilité et politesse, rapidité, dynamisme et vigilance, plus que des diplômes. C’est pourquoi j’ose espérer que mon absence de références ne me défavorisera pas trop.

Enfin, je suis libre de tout engagement jusqu’à mi-octobre, et je me sens prête à participer à d’autres tâches que celle de caissière, si le besoin s’en fait sentir.

Dans l’attente d’une réponse, je vous prie d’agréer, madame, monsieur, l’expression de mes sentiments distingués.

Je m’inspire de cette trame pour rédiger mes candidatures actuelles aux supermarchés… les maladresses en moins. 😉

L’énormité qui me sidère le plus : « mon manque d’expérience me fait défaut« . Je n’en reviens pas d’avoir commis pareille bévue. Voir Lexilogos :

Faire défaut. [Le suj. désigne une chose ou une pers.] Manquer, nuire par son absence. Lorsque la nature faisoit défaut, elle avoit des fleurs artificielles (Balzac, Annette, t. 1, 1824, p. 60). Nous, non plus qu’aucun de ces alliés qu’il invoque, nous ne lui ferons assurément pas défaut (Musset, Revue des Deux-Mondes, 1833, p. 738).

Venons-en au propos intéressant peut-être mes lecteurs, que je présume  avides de précision et d’élégance dans la langue : 1) sauriez-vous identifier puis corriger mes erreurs horreurs ? 2) Avez-vous conservé ce type de documents et souhaitez-vous indiquer céans les perles agrémentant vos démarches d’emplois pour étudiants ?

Dans une frénésie saisonnière de rangement, j’ai exhumé de mes chemises cartonnées les lettres de motivation que j’expédiais jadis aux supermarchés dans l’espoir de financer mes vacances. Avec attendrissement, j’en ai relu les maladresses stylistiques et la fraîcheur naïve, le tout dactylographié au stylo-plume.

L’aspect :

Le contenu :

Madame, monsieur,

Mes études me laissent actuellement une durée conséquente, que je désire mettre à profit en travaillant.

Un poste de caissière me semble propice à réaliser ma première expérience de la vie en entreprise ; en effet, outre mon attirance pour les contacts humains, que l’atmosphère stimulante d’un supermarché permet de combler, j’apprendrai beaucoup du monde du travail en général, et du fonctionnement d’une grande surface en particulier.

Je suis bien consciente que mon manque d’expérience me fait défaut ; néanmoins, je pense que l’emploi de caissière nécessite, surtout, des qualités : aimabilité et politesse, rapidité, dynamisme et vigilance, plus que des diplômes. C’est pourquoi j’ose espérer que mon absence de références ne me défavorisera pas trop.

Enfin, je suis libre de tout engagement jusqu’à mi-octobre, et je me sens prête à participer à d’autres tâches que celle de caissière, si le besoin s’en fait sentir.

Dans l’attente d’une réponse, je vous prie d’agréer, madame, monsieur, l’expression de mes sentiments distingués.

Venons-en au jeu : sauriez-vous identifier puis corriger mes erreurs de forme ? A quoi ressemblaient vos propres lettres ?


A la recherche de monsieur Jean Bauche

16 juillet 2009

Gaston y a l’téléfon qui son
Et y a jamais person qui y répond

Gaston Lagaffe, par Franquin

Dans un billet précédent, j’avais évoqué quelques moyens de dénicher un job. Depuis plusieurs mois, je pratique assidument les démarches indiquées et même d’autres, au point que nul dans mon entourage physique et virtuel ne peut ignorer ma quête et mes compétences. En résultat, j’ai reçu des propositions de traduction freelance, fort alléchantes d’ailleurs, auprès de partenaires franchement aimables. Sauf qu’un constat s’impose : le statut d’indépendant, ce n’est pas (encore) pour moi.

Je prospecte donc activement les CDI/CDD ; ce parcours ne manque pas de surprises : parfois, un malentendu s’instaure, comme avec ce monsieur qui cherchait quelqu’un sachant relire et corriger un texte rédigé en italien ; un ancien employeur m’a contactée pour un poste prometteur mais… à l’étranger – or, je ne souhaite pas quitter la France ; au fil des épluchages de petites annonces, déconvenue : maints recruteurs exigent des spécialisations ou des années d’expérience. Et surtout, mes messages de candidature présentent cette fâcheuse quoique commune manie de s’engloutir dans le silence éternel des espaces infinis, à savoir que les recruteurs ne réagissent pas.

Or, s’activer sans succès pour dénicher un boulot, ça finit par agacer. Rien d’extraordinaire, ça hérisse plein de gens, je suis un gens, ça me hérisse – et un syllogisme dans vos faces, un. Foin de pleurnicheries ; dans un énergique élan, rebondissons ailleurs. D’où question aux lecteurs réguliers ou occasionnels de Transtextuel : quels créneaux alternatifs investir pour envoyer mon CV et dénicher un poste en CDI / CDD ? Vendeuse de BD ? Gardienne d’été pour félin ? Pot de fleurs parlant à un comptoir d’accueil ?

Lecteurs, avez-vous des idées ? Et si vous en avez, que diriez-vous de les envoyer par ici ? 😉 transtextuel at gmail point com


Réseautage et stratégie : twittons en choeur

15 avril 2009

Twitter : 140 caractères pour diffuser un message qui, de RT (= reprise) en RT à partir de vos contacts directs, est susceptible de toucher un public immense en quelques instants.

On y trouve de tout. Astronautics avec ses quelque 88.000 abonnés. Des amoureux de la culture française. Des techniciens de l’informatique et du ouaibe, par thème : WordPress, SEO, conseils pour peaufiner sa vitrine pro, ressources en ligne, astuces de stratégie… Des initiatives naissantes ou déjà bien établies. Il y a même Eolas !

Ce sont à portée de clic des articles pertinents à l’adresse des indépendants et surtout des traducteurs, des entreprises impliquées dans l’international, des méthodes pour se faire connaître sur Internet, des professionnels de l’édition, des collègues ayant du répondant, des blogs méconnus, les dernières trouvailles qui vous intéressent, selon les personnes suivies et les surprises de l’écho. Naturellement, encore faut-il savoir choisir ses diffusions et ses abonnements…

Une communauté de freelance et de linguistes hante les lieux. Agences et professionnels chassent les contrats ou s’informent. Certains expliquent qu’ils ont trouvé du boulot via Twitter ou via leur blog plus souvent que par ProZ et assimilés (ce que disait fidusinterpres). Certains partagent des ressources de qualité et de précieux débats sur le métier. Certains manifestent des comportements tels qu’on a bien envie de les inviter dans son carnet d’adresses. Vous postez un message sur la traduction ? N’oubliez pas d’écrire #xl8 !

Ajout : Quand je parlais de la valeur du bouche à oreille dans la traduction. A travers mes abonnements, voici le genre de message que je lis et répercute en quelques secondes : « Can anyone recommend a good Arabic>English legal translator? Preferably US-based« . Quoique, personnellement, je n’en connaisse pas et que je n’engage pas mes recommandations à la légère, cette méthode de recrutement n’a rien d’exceptionnel. Embaucher de la sorte n’est pas sans avantages : pas de frais d’annonces, pas de procédures lourdes avec x candidats à trier et interviewer, une personne de confiance qui cible instantanément le profil adéquat ; et j’en oublie. Le traducteur quant à lui trouvera là une potentialité de contrat direct. Ils vécurent ensemble très longtemps, très heureux et gagnèrent beaucoup de dollars.

Sans surprise, vous me trouverez ici !

Edit 21 avril : article de stratégie sur l’utilisation des twits avec « Using Twitter to network and find a job« . Et en français, ce billet sur l’emploi.

Edit 22 avril : « Nous pistons les candidats sur Twitter » (Courrier Cadres), clic !


Odyssée d’une traducteuse au régime – l’entrepreneuriat, volet 2

9 avril 2009

Suite au premier billet dans lequel j’évoquais la responsabilité illimitée de l’entrepreneur individuel et en particulier de l’auto-entrepreneur (ci-après désigné sous le nom « AE »), je vérifie une fois encore l’adage voulant que le bonheur, c’est simple comme un coup de fil. En l’occurrence, je me suis tout bêtement adressée à une étude de notaires.

L’auto-entrepreneuriat étant un sujet neuf et la déclaration d’insaisissabilité (imprononçable, ce truc) assez rare parmi ses adeptes, mon interlocutrice m’a signifié que certaines de mes questions méritaient approfondissement, faute de pratique répandue des actes notariés qui m’intéressent.

Sans surprise, il faut remplir cette formalité avant d’accepter un quelconque contrat dans le cadre de votre entreprise. N’espérez pas d’effet rétroactif si vous exercez deux ou trois mois avant de vous rendre à l’étude, puis que vos créanciers vous entraînent dans le collimateur judiciaire de la responsabilité concernant une prestation durant cette période sans protection.

Concrètement, il vous faudra vous radiner auprès du notaire avec votre titre de propriété immobilière (contrat de vente par exemple). Quant à la douloureuse, ces bonnes gens appliquent un barème national. Le tarif n’est guère censé varier, à 50€ près en cas de paperasse imprévue à commander ou selon l’âge du capitaine. Voici les frais à prévoir :

109,50€ pour les émoluments HT du notaire.

25€ pour la publicité aux hypothèques.

15 € pour le salaire du conservateur aux hypothèques.

125€ pour l’enregistrement de l’acte.

75 à 200 € pour une publicité dans un journal d’annonce légal, puisque l’AE n’est pas immatriculé.

    Estimation du total : environ 370 €.

Si vous êtes un va-nu-pied comme moi et que, par conséquent, vous ne disposez pas d’un local réservé à votre taf, il faudra éventuellement (avant l’acte notarié) dresser un état descriptif de division : votre immeuble hébergeant des activités mixtes, cette procédure distinguera ce qui relève de votre boulot ou au contraire de votre nid douillet. Néanmoins, j’ai précisé à la dame que mon matériel de travail se résume en gros à un ordinateur et des bouquins, et qu’en outre je n’escompte pas recevoir de clients. Aussi n’est-elle pas certaine que la formalité soit nécessaire dans ce cas précis. Elle n’avait pas de réponse sous le coude, car rares sont les AE à réclamer ce type de déclaration auprès de leur notaire. Cette question relève d’un examen sur mesure, au cas par cas.

Pour ceux qui vivent en couple : les gens, y compris l’AE, sont présumés propriétaires de tout ce qui se trouve à leur domicile. En clair, si votre amoureux ou amoureuse ne relève pas d’un régime reconnu par la loi, les petites affaires qu’il ou elle dépose chez vous sont susceptibles d’être saisies, sauf à prouver facture en main que les biens sont à son nom. Pour prémunir votre chéri(e) contre vos incidents de parcours, vous pourriez souscrire un PACS ; en effet, il se conclut par défaut sous la séparation de biens, avec inventaire lors de la signature. Cela dit, il n’en demeure pas moins que votre pacsé(e) ferait mieux de conserver les preuves de son patrimoine.

Enfin, concernant l’EURL, la fiscalité et les paperasses sont à l’évidence plus lourdes et complexes que pour le statut d’AE. Dans le cas des débutants sans le sou, le régime d’AE est clairement préférable, quitte à aviser ensuite si l’activité se développe, ce que je vous souhaite et me souhaite. Pour répondre à la question dans mon billet précédent, il est effectivement possible de créer une EURL, de la mettre en sommeil (en cas de contrat salarié par exemple) sur déclaration au greffe du tribunal de commerce et ce, pour une durée maximale de deux années (durée à confirmer, procédures à examiner). Si l’EURL n’est pas réactivée au terme de ce délai, l’entreprise est alors radiée.

Ruminations en ligne de mire sur les clauses de non-concurrence / d’exclusivité / etc.  Il va de soi qu’un patron m’embauchant en tant que salariée pour traduire des bouquins de cuisine n’exulterait guère de me voir bosser pour son concurrent durant mes heures libres. En revanche, la question mérite négociations et éclaircissements dans le cas où je travaillerais pour des domaines sans aucun rapport avec la gastronomie, disons les huiles de moteur, thème appétissant. Grandioses perspectives de harassement des pros en vue.

Mes remerciements chaleureux à l’étude de notaires dans le XVe arrondissement qui m’a fourni ces précieuses informations.


Client cherche son traducteur charmant : préludes éloquents

4 avril 2009

Je vous adresse mes compliments : si vous lisez ce billet, j’en conclus que vous possédez le bon sens de vous renseigner avant de conclure un partenariat et le bon goût de visiter ce blog fabuleux, parmi les 486.000 résultats Google produits avec « cherche traducteur ».

Quelle perte de temps d’éplucher les missions aux intitulés obscurs ! Les informations floues desservent autant l’offre que la demande. Ni chez les clients, ni chez les indépendants, l’ère des clones interchangeables n’est encore à l’ordre du jour – en matière de traduction du moins.

Il ne fait aucun mystère qu’une annonce limpide promet une réponse plus rapide, mieux ciblée, mieux adaptée aux exigences du texte. Un clin d’œil suffit aux prestataires pour trier les offres en fonction de leur disponibilité, de leurs compétences et de leurs attentes. Cette stratégie recèle un gain de temps et d’efficacité précieux : de quoi démarrer dans la sérénité un partenariat fructueux avec votre traducteur.

Il convient de s'exprimer clairement

La clarté des formulations préside à l'harmonie sociale.

Les chevronnés n’apprendront rien de ce billet. Je propose ci-après aux moins expérimentés quelques suggestions sur l’art de libeller une offre à l’adresse de traducteurs indépendants :

Dans l’intitulé :

– La combinaison recherchée : la langue-source (l’original) et la langue-cible (la langue de traduction). Exemple : Coréen vers Allemand.

– La spécialisation voulue le cas échéant : pharmacie, poésie, aviation…

Il suffira d’un regard aux lecteurs pour savoir s’ils sont concernés : Cherche traducteur Coréen > Allemand – Téléphonie ; ou encore Cherche relecteur Grec > Brésilien – Astronomie. Si votre document ne comporte aucun vocabulaire spécifique, indiquez succinctement le modèle auquel il correspond – voir point 4.

Dans le contenu de l’annonce, songez à formuler ces informations indispensables :

  1. Le nombre de mots à la centaine près. Ex : 12.500 mots. A défaut, le nombre approximatif de pages.

  2. L’échéance pour rendre le travail. Ex : le 30 avril 2050 à 20:00 GMT+1. Oui, en cas d’heure déterminée, le fuseau horaire est nécessaire… les expatriés sont nombreux dans la profession.

  3. Le tarif ou la fourchette de tarif que vous proposez. Ex : tant par mot. Ou : forfait de tant pour l’ensemble. Attention à la devise.

  4. Le support et/ou le format. S’agit-il d’un article de presse ? D’un blog personnel ? D’un site commercial ? D’une chanson ? D’un mode d’emploi ? D’une lettre ?

  5. Les contraintes de livraison. Comment le traducteur recevra-t-il votre commande ? Quels logiciels doit-il posséder et maîtriser ? Comment vous renverra-t-il la commande ? Doit-il disposer d’un fax, d’un accès internet,  d’un matériel précis (scanner…) ou encore d’un logiciel à spécifier ?

  6. La méthode de paiement. Il faut absolument tirer au clair cette question avant de conclure le contrat : paypal et assimilés, chèque, mandat cash, virement… Le nerf de la guerre ne saurait se traiter à la légère.

  7. Vos préférences éventuelles avec leur degré d’importance : maîtrise de tel programme informatique, parcours professionnel, expérience dans tel domaine, compétences accessoires diverses, centres d’intérêt… essentiel, préférable…

  8. N’omettez pas de décliner votre identité, votre région, vos coordonnées… 🙂

Je vous invite enfin à consulter ce billet portant sur les relations entre clientèle et indépendant.

Ces démarches vous semblent-elles fastidieuses ? En vérité, je me dois de vous donner raison. Indubitablement.  J’ose une humble nuance :  je pense que consacrer une heure à se renseigner puis bien construire une annonce destinée à mes collègues préviendra maintes déconfitures, déconvenues et des pas mûres : ping-pong chronophage de questions-réponses entre traducteur et client ; absence de réactions pertinentes à l’offre, voire de réactions tout court ; traduction finale inadaptée aux attentes ; travail de qualité médiocre (ô joie, reprendre les démarches pour dénicher un autre traducteur !) ; malentendus discutablement cocasses concernant la livraison ou le règlement ; présidant à ces réjouissances, une merveilleuse ambiance d’exaspération, parfois réciproque. Suite à ces aventures, le truculent Capitaine Haddock lui-même s’ébrouerait de fierté à la vue de votre… heu… dynamisme mordant.

Clic pour visualiser l'original !

Je ne demande pas mieux qu’améliorer cet article à travers vos contributions publiques ou par mél (transtextuel at gmail point com) !

NB : la courtoisie élémentaire, si vous souhaitez mentionner ce billet, consiste à en indiquer l’auteur, à savoir Transtextuel, ainsi que le lien-source (ici). Mille grâces.