La France, terre rêvée du bilinguisme

10 août 2009

Quand je lis que « 75% des cadres français affirment pratiquer une langue étrangère voire plusieurs« , je m’interroge sur  leur degré de maîtrise – à supposer qu’ils aient conscience de leurs lacunes. Quand je consulte le nombre de candidats arborant fièrement un niveau d’anglais « opérationnel », je demeure perplexe (quel équivalent dans le CECRL?). Chiches de passer un test international au débotté ? Quand je lis l’avalanche d’offres d’emploi réclamant des bilingues, je me prends à rêvasser d’examens pour jauger ce bilinguisme si banal en France. Partants pour une session improvisée de Cambridge Proficiency in English ?

Il faut croire que notre contrée regorge de personnes aptes à employer à la fois le français et l’anglais dans tous les raffinements, tous les styles du quotidien, toutes les nuances ; et, sans nul doute, les recruteurs savent à merveille apprécier la débrouillardise de leurs candidats…

Bilinguisme à la française ?

Bilinguisme à la française ?

Même pas bilingue malgré des conditions propices

J’aimais bien mon pote C. De parents hongrois, il vivait en Suède. Il absorbait les idiomes à une allure stupéfiante. En le voyant plonger avec délices dans des ouvrages magyars, je lui ai demandé s’il était bilingue. Il m’a répondu : non, j’ai suivi ma scolarité entière à Göteborg ; j’ai appris à manier le suédois dans tous les styles. Ma plume est assez agréable paraît-il. En revanche, je n’ai jamais exercé mon hongrois dans des situations sérieuses. Je me débrouille pour le comprendre et le lire mais je ne saurais pas l’utiliser dans des démarches administratives, professionnelles, commerciales, juridiques.

Bilingue : la réalité

Le bilinguisme réel signifie une aisance similaire dans l’une et l’autre langue, quel que soit le style, quelle que soit la situation – car il est impossible de traduire avec finesse sans connaissances culturelles. Le phénomène est très rare : l’écrasante majorité des humains cultive un idiome dominant, typiquement la langue maternelle.

Encore faut-il vérifier le degré de maîtrise dans la langue maternelle. L’Agence Nationale de Lutte contre l’Illettrisme relève : « 9% des personnes âgées de 18 à 65 ans scolarisées en france sont en situation d’illettrisme ». Lors de la JAPD, les dernières études mentionnent 20% de « lecteurs inefficaces ». Et quant à moi, je doute que les non-illettrés sachent tous comprendre et analyser les textes complexes dans tous les genres possibles.

Degrés d’affinités linguistiques et culturelles

En français, la pratique développe des affinités permettant de décrypter les informations autour du texte brut. Analyser en quoi Jules Renard n’écrit pas du tout comme Albert Cohen, les attitudes et allusions implicites chez un interlocuteur,  les différences fondamentales entre un article du Monde et les ragots de Paris Match, comment s’adresser respectivement au syndic et à un collaborateur de travail. En une phrase  : les relations sociales subtiles et variées selon les situations exigent une sensibilité linguistique élevée.

En anglais et en italien, la même démarche préside : cultiver des affinités pour affiner la compréhension (lecture, écoute) et la production (écriture, parole). Shakespeare, avec toute l’estime que je lui dois, ne sera d’aucun secours dans les actes quotidiens. Habiter à l’étranger, comme le soulignent Céline Graciet puis Audrey sur NakedTranslations,  signifie : les contacts et les contrats concernant logement, banque, travail, démarches administratives, santé, choix de produits dans les commerces, instructions dans l’entreprise, bavardages professionnels ou amicaux, orientation et transports… toutes les négociations, transactions, conversations que nous menons naturellement dans notre environnement habituel.

Rareté des bilingues, y compris traducteurs

Pour sûr, je me débrouille en anglais et en italien et, je l’espère, en français surtout ; les fameux « bilingues » hexagonaux,  les anglicisants « opérationnels », les rédacteurs veillant à leur style en français et d’autres encore ne dédaignent pas mes services à l’occasion !  (notamment quand ils croient les obtenir gratis) Pour autant, je ne suis pas bilingue et parmi mes rencontres, même si les nuances ne passionnent pas les clients et les recruteurs, je n’ai guère rencontré de collègues m’affirmant, les yeux dans les yeux, qu’ils sont « bilingues ».

D’une part à cause du nombre d’anglophones sur la planète : par la force des choses, chaque population décrit des réalités locales et cultive des expressions traditionnelles. D’autre part à cause de l’étendue des connaissances humaines : ouvrez un magazine sur l’automobile, l’informatique, les collectivités locales, la législation, les composants de l’alimentation, les figures de style ou n’importe quoi d’autre ; à perte de vue s’étale la richesse vertigineuse des mots sur l’hexagone – imaginez l’ajout de toutes les variantes régionales. Le patrimoine linguistique englobe les variations  les plus extrêmes.

L’expression « langue maternelle« , malgré le mécontentement de la HALDE, recouvre un fait linguistique d’importance cruciale en traduction. Je n’ai pas une souplesse égale du français vers l’anglais, ni par le vocabulaire, ni par le style. Toujours, je doute :  mes tournures sont peut-être compréhensibles et grammaticalement correctes, mais correspondent-elles à la situation ?

La familiarité dans ma langue et, à un moindre degré, avec l’anglais et l’italien, me permet d’appréhender les nuances fines de la communication humaine, depuis le registre vulgaire jusqu’au plus précieux, l’ironie ou la solennité, le classique banal ou le cordial, sans négliger l’intuition devant des vocables relevant d’une spécialisation ou les allusions indirectes. La communication humaine, même restreinte à l’écrit, ne saurait se borner à des informations purement fonctionnelles.

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Réseautage et stratégie : twittons en choeur

15 avril 2009

Twitter : 140 caractères pour diffuser un message qui, de RT (= reprise) en RT à partir de vos contacts directs, est susceptible de toucher un public immense en quelques instants.

On y trouve de tout. Astronautics avec ses quelque 88.000 abonnés. Des amoureux de la culture française. Des techniciens de l’informatique et du ouaibe, par thème : WordPress, SEO, conseils pour peaufiner sa vitrine pro, ressources en ligne, astuces de stratégie… Des initiatives naissantes ou déjà bien établies. Il y a même Eolas !

Ce sont à portée de clic des articles pertinents à l’adresse des indépendants et surtout des traducteurs, des entreprises impliquées dans l’international, des méthodes pour se faire connaître sur Internet, des professionnels de l’édition, des collègues ayant du répondant, des blogs méconnus, les dernières trouvailles qui vous intéressent, selon les personnes suivies et les surprises de l’écho. Naturellement, encore faut-il savoir choisir ses diffusions et ses abonnements…

Une communauté de freelance et de linguistes hante les lieux. Agences et professionnels chassent les contrats ou s’informent. Certains expliquent qu’ils ont trouvé du boulot via Twitter ou via leur blog plus souvent que par ProZ et assimilés (ce que disait fidusinterpres). Certains partagent des ressources de qualité et de précieux débats sur le métier. Certains manifestent des comportements tels qu’on a bien envie de les inviter dans son carnet d’adresses. Vous postez un message sur la traduction ? N’oubliez pas d’écrire #xl8 !

Ajout : Quand je parlais de la valeur du bouche à oreille dans la traduction. A travers mes abonnements, voici le genre de message que je lis et répercute en quelques secondes : « Can anyone recommend a good Arabic>English legal translator? Preferably US-based« . Quoique, personnellement, je n’en connaisse pas et que je n’engage pas mes recommandations à la légère, cette méthode de recrutement n’a rien d’exceptionnel. Embaucher de la sorte n’est pas sans avantages : pas de frais d’annonces, pas de procédures lourdes avec x candidats à trier et interviewer, une personne de confiance qui cible instantanément le profil adéquat ; et j’en oublie. Le traducteur quant à lui trouvera là une potentialité de contrat direct. Ils vécurent ensemble très longtemps, très heureux et gagnèrent beaucoup de dollars.

Sans surprise, vous me trouverez ici !

Edit 21 avril : article de stratégie sur l’utilisation des twits avec « Using Twitter to network and find a job« . Et en français, ce billet sur l’emploi.

Edit 22 avril : « Nous pistons les candidats sur Twitter » (Courrier Cadres), clic !


Vouloir-dire et savoir-dire se rencontrent autour d’une galette

27 mars 2009

A force d’arpenter la foultitude des sites évoquant le statut d’indépendant ainsi que ceux offrant des missions pour freelance, y compris du côté des informateux (du genre Scriptlance, avec son Twitter : wahm_job_leads), je finis par constater une demande élevée de rédacteurs  qualifiés pour alimenter des blogs commerciaux, histoire de rameuter le chaland. Foin de bénévolat, il s’agit de véritables contrats :  livraison  d’articles contre rémunération, sous des conditions à examiner au cas par cas. Cette marée de vouloir-dire n’attend que d’emporter sur la vague ceux qui détiennent connaissances, plume  affûtée et temps à revendre.

Fatal disclosure : jaime les lolcats.

Fatal disclosure : j'aime les lolcats.

Ce profil me semble bien coller à celui du traducteur : le cœur du métier, c’est le savoir-dire.

D’une part, maints traducteurs possèdent un bagage sur un domaine spécialisé voire plusieurs. Au gré  des formations et des contrats, on absorbe des connaissances plus ou moins pointues sur les moteurs des pétroliers, les approches en mosaïque, les produits financiers neufs, les mouvements sociaux aux États-Unis (ou que sais-je encore), ce qui développe une certaine sensibilité, un éveil même superficiel envers le thème en question. Il n’y a pas  là matière à s’improviser maître de conférences, mais du moins  chacun nourrit-il ainsi certaines expertises, qui s’allient à merveille aux stratégies pour s’informer. En outre, hors du cadre professionnel, nous sommes aussi des gens normaux (à divers degrés du moins) avec leurs centres d’intérêt propres : sport, activité manuelle, club artistique, loisirs personnels ou associations. Les secteurs ne manquent pas où il fait bon s’investir pour s’aérer l’esprit et s’offrir des instants enrichissants.  Même sans arrière-pensée commerciale quant à ces goûts, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit là d’un patrimoine vivant de connaissances et de linguistique.

D’autre part, la spécialité du métier consiste à comprendre les idées, les organiser, les reformuler, les adapter au lectorat et emballer cette démarche dans le style adéquat pour produire un résultat informatif, clair et agréable.  La technique et l’expérience encadrent une dimension de créativité chez le traducteur (et votre lapalissade, je vous l’assaisonne comment ?). Ce n’est pas pour rien que l’ESIT encourage ses élèves à valoriser leurs connaissances et leur enseigne comment rédiger une synthèse ou un résumé selon divers styles. Se frotter à des domaines variés confère une souplesse de pensée et d’écriture d’autant plus agile qu’on élargit ses champs d’exploration, depuis les articles spécialisés de la presse économique jusqu’aux bavardages entre amoureux du théâtre. On n’anticipe pas toujours les sentiers où mènera une « saine »  (mot à tiroirs) curiosité

Comme la perspective de ce filon me sourit personnellement et qu’elle me semble s’inscrire dans le cadre des compétences du traducteur, je souhaitais partager cette réflexion avec mes collègues lecteurs, voire écouter des expériences, informations, trouvailles ou même, qui sait ? inspirer des initiatives sur ces rencontres fructueuses sur tous les plans entre vouloir-dire et savoir-dire. Vos commentaires sont bienvenus !

Réserve : J’ignore la législation concernant la rédaction de blogs commerciaux en France, d’ailleurs je ne demande pas mieux que la connaître. N’hésitez pas à m’envoyer des pistes.

Edit 4 avril : attention, domaine piégé, réfléchir avant d’accepter un contrat. Lire la polémique.

Edit 8 avril : hop-là, du boulot.


Traducteur et gamer ? Les MMO vous tendent les pixels !

21 mars 2009

J’ai le plaisir de vous présenter feu Gamel, mon personnage sur Elder Scrolls of Oblivion. Paix à ses pixels désintégrés dans la sauvagerie irrépressible d’un formatage imprévu.

Gamel

N'est-ce pas qu'il a l'air mutin ?

Un autre style, ma petite compagne sur FFXI pendant environ 4 ou 5 années.

Tarutaru sur FFXI

Tarutaru mage rouge sur FFXI

Je me doute que mes prodigieux exploits par pixels interposés ne passionnent que modérément, aussi ce billet portera-t-il plutôt sur le versant traduction des MMO.

S’engager dans la traduction de MMO représente une voie royale pour l’expatriation. Square Enix est à Londres, GOA à Dublin, Blizzard à Cork ; on trouve également des prestataires de localisation à Cambridge, en Allemagne, au Canada ou autres contrées (discutablement) exotiques. Les éditeurs assortissent à l’occasion ce déménagement de facilités alléchantes : forfait d’expatriation, aide au logement, accompagnement pour les démarches et autres broutilles  classiques du genre repas les jours ouvrés.  Les équipes de localisation, QA (qui arpentent le jeu pour répertorier les erreurs), community management (homologues de Benjamin Malaussène), GM (profession tenant du flic, du dépanneur en ligne et du gentil organisateur), facturation et autres puisant leurs recrues sous divers climats, mieux vaut choisir un environnement propice à  tous : un pays anglophone ou encore une région dans laquelle les habitants sont portés vers l’anglais, qui quoi qu’on en pleurniche reste plus accessible et répandu que le français. Connaissant mes compatriotes, les aventures rocambolesques d’un locuteur étranger cherchant à s’implanter ne doivent pas manquer de sel. Se dépatouiller entre bail, commerçants, services annexes d’un logement ou laborieuses explications au guichet d’une administration quelconque a donné lieu à des articles, témoignages voire bouquins délicieusement corsés.

M’occuper de MMO à domicile ne serait pas pour me déplaire, sauf que je ne suis guère optimiste quant à la faisabilité de la chose et honnêtement, vu le sens moyen de la sécurité informatique, il me serait difficile de formuler des objections. Là où j’ai bossé, corriger une erreur suppose d’accéder à une interface de consultation, puis d’intervenir directement sur la base de données et enfin de rédiger un rapport sur le résultat, autant de ressources sensibles. Big Brother veille au grain sur les accès au Net, afin de prévenir l’effarement d’une altération dans le contenu suite à un  innocent : « Zut alors, j’ai téléchargé par inadvertance une backdoor bien vicieuse, quelle maladresse!« . Aux dernières nouvelles, les utilisateurs lambdas ne sont pas forcément très avertis en matière de prudence sur le Net…

Autre motivation justifiant une présence sur place : une réactivité optimale, d’où fluidité des communications – je vous renvoie à l’intérêt d’une langue véhiculaire : l’anglais (renversant d’originalité non?). D’un instant à l’autre, une traduction urgente tombe, tous sur le pont et chacun à son poste pour plancher sur un texte dont l’échéance de livraison se situe dans… 15 minutes. Quelques exemples où la traduction ne souffre aucun retard: le QA lance l’alerte rouge car une phrase mal rédigée, une omission ou une inexactitude par rapport à l’environnement en jeu bloque des trouzaines de joueurs. Les clients manifestent une grogne suite à un dysfonctionnement : toutes affaires cessantes, il faut transmettre les paroles d’apaisement d’un responsable sur le site officiel. Un correctif urgent de quelques milliers de mots sera injecté ce soir même parallèlement à la publication des détails  qui y sont relatifs.  Ce ne sont là que des aperçus, bien entendu. Si ces missions prioritaires ne sont pas permanentes, elles se juxtaposent au quotidien à des dossiers de fond, auxquels correspondent également une échéance! Les MMO présentant la passionnante caractéristique de se renouveler constamment (extensions, quêtes et aventures, personnages, carrières, objets, zones ou instances…), l’ambiance et le travail sont dynamiques, les bévues donnent lieu à des résultats hautement comiques par l’avalanche de commentaires et le désœuvrement constitue une denrée rare. D’ailleurs, pour occuper les éventuels répits, vous n’avez qu’à bouquiner sur l’univers du jeu, surfer sur les sites communautaires voire participer en tant que joueur lambda au MMO sur lequel vous bossez. Ce n’est pas seulement autorisé mais carrément encouragé.

Parlons harmonisation. Les acteurs du contenu aiment à pinailler sur les noms : monstres, personnages, lieux, équipements ou autres. Le boulot se partage entre plusieurs traducteurs, selon la disponibilité, l’urgence, les spécialités, les goûts… Qui sur la présentation roleplay d’une carrière ; qui sur des dialogues ; qui sur les explications un peu techniques d’un patch ; qui sur les quêtes ; et ainsi de suite. Chacun alors de plonger dans la base de données et la mémoire de traduction partagée en réseau pour vérifier, rectifier, réviser, corriger encore voire revenir à une version antérieure. Le cas échéant, un collègue d’un autre service saura formuler la bonne réponse pertinente, d’où l’intérêt d’une concertation ultra-rapide. Des incohérences subsistent parfois, le traducteur choisit une orthographe ou une typographie parmi d’autres, promesse de re-passages à venir. Nouvel argument en faveur de la fluidité des communications et d’un sécurité informatique tatillonne : les équipes se partagent mémoire de traduction, glossaires papier ou en ligne, base de données et références diverses, constamment renouvelées et corrigées… et sensibles (très) aux malveillances ou maladresses !

Toujours concernant la sécurité, les éditeurs de jeux vidéo sont terriblement chatouilleux concernant le « NDA break » – les fuites d’info confidentielles. A quelle portée s’étend la confidentialité ? Quelques menues pistes très réelles : je participais à un forum de gamers, mais je devais taire mon travail. Un type qui planchait en tant que bénévole (rédacteur, graphiste, que sais-je) sur un site parlant d’un autre jeu a dû abandonner ce loisir pour raisons pro.  Certains mails sont barbouillés en rouge, en gras, en police 32 de « confidential » à l’intention d’une équipe restreinte. Ca prêterait à sourire… si les enjeux financiers de l’espionnage dans la profession ne pesaient pas aussi lourd.

Last but not least, en termes de relations humaines, cette expérience me laisse un souvenir des plus plaisants. Mes collègues – dont l’âge moyen devait au pifomètre avoisiner les 27 ans – sans piétiner leur professionalisme ni leur souci de qualité, ne laissaient pas leur humour au placard. Imbibés de culture gamer et geek, amateurs de ciné, manga, BD,  SF, fantasy, séries, cultivant la dérision par le ton  même du jeu, fréquentant les sites communautaires des JV, ils portaient sur leur travail un regard empreint d’amusement : on ne peut pas se prendre tout à fait au sérieux quand on bosse dans le créneau des MMO, surtout si l’entreprise entière cultive l’ironie par le contenu même…

Essayez donc de vous croire sorti de la cuisse de Jupiter, soit en jouant des personnages qui ressemblent à ça, soit en sachant que c’est par leur truchement que vous récoltez votre pain quotidien :

Un orc noir sur WAR

Un orc noir sur WAAAGH! ...heu, sur WAR

D’ailleurs, les vidéos de joueurs témoignent volontiers d’elles-mêmes de ce regard d’auto-dérision. Chaque MMO cultive son style d’humour : bandes dessinées, caricatures écrites ou graphiques, vidéos, captures d’écran au moment fatidique, blagues pour initiés, jargon, bons mots échangés sur les interfaces vocales…

J’aime les gamers. Quand je serai grande, je serai naine. Maintenant, afk reroll.


Ouverture de la chasse au job : déployez vos filets

19 mars 2009

La chasse aux contrats est ouverte ! Et à longueur d’année, de surcroît.

L’an passé, l’ANPE locale m’avait renvoyée au centre Boucicaut (123 av. Félix Faure, Xvè ; L-V, de 9 à 17h) car spécialisé dans les métiers des langues. Le dévoué serviteur de notre glorieuse mère patrie n’a pas lésiné sur les paperasses et guides, mais surtout il disposait d’un accès privilégié aux bases de données et ses recherches de missions produisaient davantage de résultats que le site public. Au passage, n’avez-vous jamais eu envie de défenestrer votre machine devant le manque de clarté des intitulés ? Il m’a précisé que 80% des offres d’emploi en traduction s’adressent aux indépendants.

Quelques idées sans prétention à l’originalité ni à l’exhaustivité :

  1. S’inscrire aux sites spécialisés, comme ProZ par exemple : le terrain y est giboyeux. Cela dit, les groupes portant sur votre domaine de prédilection ne sont pas à négliger ! C’est en fréquentant un site de jeux vidéo que j’avais décroché un contrat salarié… et, simultanément, une proposition de mission freelance a atterri dans ma boîte à messages privés.
  2. Consulter des ressources généralistes sur l’emploi : j’avais reçu une offre via mon profil apec et il existe d’autres ressources assimilées ; une amie m’a glissé deux mots sur bobex. J’ai aussi trouvé ce site mais il m’inspire quelques doutes…
  3. Peaufiner sa présence sur internet : LinkedIn, Xing (ou aussi Facebook, Viadeo, MySpace…) et explorer les groupes thématiques où lorgnent les recruteurs à l’affût d’une belle prise – ou les agences en manque de bras.
  4. Cultiver votre réseau réel : autres traducteurs (et les manifestations, organismes, rencontres informelles où ils se retrouvent), anciens collègues, connaissances, relations indirectes…
  5. Adresser des candidatures spontanées par courrier, mél, fax dans les secteurs de votre spécialité ou auprès d’entreprises impliquées dans l’international (tourisme par exemple). Se lancer au culot, parfaitement !
  6. Quelques mots sur le bénévolat en traduction (ou autrement, pourquoi pas ?). Je n’ose le recommander sans y adjoindre une cuillerée de nuances. Si cet exercice permet de s’entretenir les neurones et la plume, de gagner en expérience de terrain et de présenter un travail de qualité sous un angle positif, je pense que nous sommes nombreux à avoir formulé ce constat peu réjouissant : les mentalités des interlocuteurs (y compris institutions, amis, collègues, copains d’un club quelconque) assimilent parfois « serviable » à « corvéable jusqu’au trognon« , à cette chausse-trappe près que dans un cadre humanitaire ou affectif, les fûtés vont jouer sur la corde sensible du traducteur pour lui arracher des prestations franchement exagérées. Certes, le bénévolat recèle maints avantages personnels, humains et professionnels ; néanmoins, ne gâchez pas cette superbe expérience et définissez votre stratégie – dont vos limites…
  7. Dans le petit monde des traducteurs, le bouche à oreille fonctionne du tonnerre : clients indélicats, agences véreuses, collègues médiocres, mais aussi bons plans, occasions de sous-traitance, expériences plaisantes, recommandations officieuses, offres de collaboration plus ou moins durable… Jadis, en flânant sur un forum sans rapport avec mon domaine, un acteur de l’édition qui se promenait dans le coin m’a confié une mission ; actuellement, des relations et des relations de relations me répercutent leurs échos… J’ai parfois entendu des clients m’interroger : « connaissez-vous des collègues qu’une mission similaire intéresserait ? » ou « si vous entendez parler de tel type de traducteur, n’oubliez pas de nous faire signe! ». Cette question fleurit également sur les lèvres de personnes voulant confier une mission à un profil particulier mais qui préfèrent s’en remettre à un tiers de confiance qui saura leur présenter le traducteur adéquat.

Débutants, prenez garde : les clients n’oublient jamais, jamais une mauvaise traduction. Si le morcif est trop coriace pour vos dents de lait, mieux vaut refuser que vous tailler une réputation regrettable.

Bonus :

Surfer pour piquer puis cuisiner à sa sauce de bonnes idées :
Lire absolument ce billet des plus instructifs sur le site nakedtranslations (à dévorer sans modération en général).
Consulter cette discussion sur ProZ.
(et bien d’autres !)

Ces pistes sont toutes à titre indicatif, évidemment. Il n’existe pas de recette miracle. A vous d’adapter votre stratégie selon votre profil, vos envies, vos trouvailles… (ne soyez pas timides, vous avez le droit de faire tourner ces dernières vers transtextuel at gmail point com 😉 )

Enfin, concernant la tentation – bien compréhensible – d’adopter un job ne correspondant pas à votre profil, je me permets de citer une traductrice chevronnée rencontrée il y a bien des années lors d’un stage : « n’acceptez jamais, jamais, jamais de devenir secrétaire, même une seule fois pour boucler votre fin de mois. Ensuite, votre vie durant, on ne vous proposera que des postes similaires et vous aurez toutes les peines à remonter la pente pour retrouver le statut de traductrice. Si vous êtes en galère financière, mieux vaut faire des ménages qu’accepter du secrétariat! ».

Et n’allez pas vous saborder bêtement en laissant vos doigts déraper sur le Net

Remerciements : aux âmes charitables qui ont eu la gentillesse de me refiler leurs liens et à ceux qui écrivent des billets précieux sur l’emploi pour traducteurs.

Ajout : du bon usage de Twitter pour trouver un boulot.


Serious business

3 mars 2009

Vous vous en souvenez ? C’était il y a… ouh, là ! Tout ça, hein ?

(tiens, l’air me revient en tête !)

Suite des réjouissances. Epoque faste du 16 couleurs et des bécanes asthmatiques. Néanmoins, dès la première rencontre, j’ai eu le coup de foudre devant Tetris et SimCity.

(c’était pas tout à fait comme ça, mais presque)

J’avais aussi une bonne vieille SNES pour m’émerveiller sur Mister Nutz et autres Starwings – ah, le premier Starwings !

La technologie évoluant, j’ai pu m’adonner à d’autres jeux, sur PC ou sur d’autres plates-formes. Ma vie a connu un chamboulement nouveau lorsque ma fenêtre s’est ouverte sur les MMORPG (Jeux de rôle en ligne massivement multi-joueurs) : je suis devenue ce qu’il est convenu d’appeler une gameuse. Jusqu’à m’incruster en cybercafé pour ne pas rater un rassemblement sur le Net ! Et de traîner des heures sur les forums anglophones et francophones…

Jamais je n’aurais songé un jour devenir pro dans la branche. Pourtant, l’improbable s’est produit : une entreprise de jeux vidéo (JV) m’a embauchée. Ma connaissance en la matière n’a pas représenté un maigre argument pour ce poste.

Les jeux vidéo, mais c’est pas sérieux ça ! Me direz-vous réprobateur. Je vous réprobe à mon tour : selon ce petit article, Vivendi pèserait quelque 9,3 millions de joueurs dans le monde. Paraît même que WoW compte 12 millions d’abonnés (source).

Le monde se joint à la chorale, concernant la France :
« Selon l’institut, les segments les plus porteurs ont été le jeu en groupe (famille, amis), avec 162 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2008, les jeux avec accessoires (244 millions d’euros), comme « Guitar Hero », et les jeux sur consoles portables et mobiles (550 millions d’euros dont 78 millions sur téléphones). »

Et autres broutilles :
« Comme si le monde virtuel continuait d’ignorer le monde réel, le secteur des jeux vidéo se joue de la crise. Certes, le boom du marché ne profite pas à tous, les américains Electronics Arts et THQ traversant par exemple une période difficile. Mais le tout nouveau Activision Blizzard, filiale de Vivendi (« World of Warcraft », « Guitar Hero », « Quantom of Solace ») et le français Ubisoft n’ont pas à se plaindre de la situation. Le premier a affiché pour son premier trimestre fiscal un chiffre d’affaires (605 millions d’euros) supérieur de 25 % à ses prévisions, le second vient d’annoncer un doublement de ses bénéfices pour le premier semestre (12,2 millions d’euros). »
Source et développements par ici.

Au fait, quel rapport avec la traduction ?
L’aventure des MMO et plus largement des JV, qui à mon sens ne fait que débuter, brasse déjà des sommes telles – directement ou indirectement – que l’expansion à en attendre est immense. Ce loisir, moyen commode de s’occuper 24/7 à moindres frais, touche un public de plus en plus large sur la planète.

Voilà mon propos : il faut bien en passer par des traducteurs, et sans négliger la qualité s’il vous plaît ! Il fut une époque où des fanboys amateurs traduisaient les JV, suscitant la liesse des joueurs devant le résultat cocasse. Or, si le public se contentait d’approximations techniques, graphiques ou dans le contenu par le passé, les bougres deviennent exigeants. Il y a bel et bien des pros sérieux derrière ce juteux marché.

Attention toutefois aux âmes sensibles… Parce que les JV, c’est aussi par exemple :
http://fallout.bethsoft.com/
(remarquez combien de langues font l’objet de localisation…).

Je me restreins à une image pas trop dégoulinante :

Fallout 3 : une ambiance bucolique