La France, terre rêvée du bilinguisme

10 août 2009

Quand je lis que « 75% des cadres français affirment pratiquer une langue étrangère voire plusieurs« , je m’interroge sur  leur degré de maîtrise – à supposer qu’ils aient conscience de leurs lacunes. Quand je consulte le nombre de candidats arborant fièrement un niveau d’anglais « opérationnel », je demeure perplexe (quel équivalent dans le CECRL?). Chiches de passer un test international au débotté ? Quand je lis l’avalanche d’offres d’emploi réclamant des bilingues, je me prends à rêvasser d’examens pour jauger ce bilinguisme si banal en France. Partants pour une session improvisée de Cambridge Proficiency in English ?

Il faut croire que notre contrée regorge de personnes aptes à employer à la fois le français et l’anglais dans tous les raffinements, tous les styles du quotidien, toutes les nuances ; et, sans nul doute, les recruteurs savent à merveille apprécier la débrouillardise de leurs candidats…

Bilinguisme à la française ?

Bilinguisme à la française ?

Même pas bilingue malgré des conditions propices

J’aimais bien mon pote C. De parents hongrois, il vivait en Suède. Il absorbait les idiomes à une allure stupéfiante. En le voyant plonger avec délices dans des ouvrages magyars, je lui ai demandé s’il était bilingue. Il m’a répondu : non, j’ai suivi ma scolarité entière à Göteborg ; j’ai appris à manier le suédois dans tous les styles. Ma plume est assez agréable paraît-il. En revanche, je n’ai jamais exercé mon hongrois dans des situations sérieuses. Je me débrouille pour le comprendre et le lire mais je ne saurais pas l’utiliser dans des démarches administratives, professionnelles, commerciales, juridiques.

Bilingue : la réalité

Le bilinguisme réel signifie une aisance similaire dans l’une et l’autre langue, quel que soit le style, quelle que soit la situation – car il est impossible de traduire avec finesse sans connaissances culturelles. Le phénomène est très rare : l’écrasante majorité des humains cultive un idiome dominant, typiquement la langue maternelle.

Encore faut-il vérifier le degré de maîtrise dans la langue maternelle. L’Agence Nationale de Lutte contre l’Illettrisme relève : « 9% des personnes âgées de 18 à 65 ans scolarisées en france sont en situation d’illettrisme ». Lors de la JAPD, les dernières études mentionnent 20% de « lecteurs inefficaces ». Et quant à moi, je doute que les non-illettrés sachent tous comprendre et analyser les textes complexes dans tous les genres possibles.

Degrés d’affinités linguistiques et culturelles

En français, la pratique développe des affinités permettant de décrypter les informations autour du texte brut. Analyser en quoi Jules Renard n’écrit pas du tout comme Albert Cohen, les attitudes et allusions implicites chez un interlocuteur,  les différences fondamentales entre un article du Monde et les ragots de Paris Match, comment s’adresser respectivement au syndic et à un collaborateur de travail. En une phrase  : les relations sociales subtiles et variées selon les situations exigent une sensibilité linguistique élevée.

En anglais et en italien, la même démarche préside : cultiver des affinités pour affiner la compréhension (lecture, écoute) et la production (écriture, parole). Shakespeare, avec toute l’estime que je lui dois, ne sera d’aucun secours dans les actes quotidiens. Habiter à l’étranger, comme le soulignent Céline Graciet puis Audrey sur NakedTranslations,  signifie : les contacts et les contrats concernant logement, banque, travail, démarches administratives, santé, choix de produits dans les commerces, instructions dans l’entreprise, bavardages professionnels ou amicaux, orientation et transports… toutes les négociations, transactions, conversations que nous menons naturellement dans notre environnement habituel.

Rareté des bilingues, y compris traducteurs

Pour sûr, je me débrouille en anglais et en italien et, je l’espère, en français surtout ; les fameux « bilingues » hexagonaux,  les anglicisants « opérationnels », les rédacteurs veillant à leur style en français et d’autres encore ne dédaignent pas mes services à l’occasion !  (notamment quand ils croient les obtenir gratis) Pour autant, je ne suis pas bilingue et parmi mes rencontres, même si les nuances ne passionnent pas les clients et les recruteurs, je n’ai guère rencontré de collègues m’affirmant, les yeux dans les yeux, qu’ils sont « bilingues ».

D’une part à cause du nombre d’anglophones sur la planète : par la force des choses, chaque population décrit des réalités locales et cultive des expressions traditionnelles. D’autre part à cause de l’étendue des connaissances humaines : ouvrez un magazine sur l’automobile, l’informatique, les collectivités locales, la législation, les composants de l’alimentation, les figures de style ou n’importe quoi d’autre ; à perte de vue s’étale la richesse vertigineuse des mots sur l’hexagone – imaginez l’ajout de toutes les variantes régionales. Le patrimoine linguistique englobe les variations  les plus extrêmes.

L’expression « langue maternelle« , malgré le mécontentement de la HALDE, recouvre un fait linguistique d’importance cruciale en traduction. Je n’ai pas une souplesse égale du français vers l’anglais, ni par le vocabulaire, ni par le style. Toujours, je doute :  mes tournures sont peut-être compréhensibles et grammaticalement correctes, mais correspondent-elles à la situation ?

La familiarité dans ma langue et, à un moindre degré, avec l’anglais et l’italien, me permet d’appréhender les nuances fines de la communication humaine, depuis le registre vulgaire jusqu’au plus précieux, l’ironie ou la solennité, le classique banal ou le cordial, sans négliger l’intuition devant des vocables relevant d’une spécialisation ou les allusions indirectes. La communication humaine, même restreinte à l’écrit, ne saurait se borner à des informations purement fonctionnelles.


Saurez-vous améliorer mon français ?

25 juillet 2009

Que diriez-vous d’un jeu pour se délier la langue ensemble ?

Dans une frénésie saisonnière de rangement, j’ai exhumé de mes chemises cartonnées les lettres de motivation que j’expédiais jadis aux supermarchés dans l’espoir de financer mes vacances. Avec attendrissement et non sans franche rigolade, j’en ai relu les maladresses stylistiques et la fraîcheur naïve, le tout dactylographié manuscrit au stylo-plume.

L’aspect :

Extrait lettre motivation

Le contenu :

Madame, monsieur,

Mes études me laissent actuellement une durée conséquente, que je désire mettre à profit en travaillant.

Un poste de caissière me semble propice à réaliser ma première expérience de la vie en entreprise ; en effet, outre mon attirance pour les contacts humains, que l’atmosphère stimulante d’un supermarché permet de combler, j’apprendrai beaucoup du monde du travail en général, et du fonctionnement d’une grande surface en particulier.

Je suis bien consciente que mon manque d’expérience me fait défaut ; néanmoins, je pense que l’emploi de caissière nécessite, surtout, des qualités : aimabilité et politesse, rapidité, dynamisme et vigilance, plus que des diplômes. C’est pourquoi j’ose espérer que mon absence de références ne me défavorisera pas trop.

Enfin, je suis libre de tout engagement jusqu’à mi-octobre, et je me sens prête à participer à d’autres tâches que celle de caissière, si le besoin s’en fait sentir.

Dans l’attente d’une réponse, je vous prie d’agréer, madame, monsieur, l’expression de mes sentiments distingués.

Je m’inspire de cette trame pour rédiger mes candidatures actuelles aux supermarchés… les maladresses en moins. 😉

L’énormité qui me sidère le plus : « mon manque d’expérience me fait défaut« . Je n’en reviens pas d’avoir commis pareille bévue. Voir Lexilogos :

Faire défaut. [Le suj. désigne une chose ou une pers.] Manquer, nuire par son absence. Lorsque la nature faisoit défaut, elle avoit des fleurs artificielles (Balzac, Annette, t. 1, 1824, p. 60). Nous, non plus qu’aucun de ces alliés qu’il invoque, nous ne lui ferons assurément pas défaut (Musset, Revue des Deux-Mondes, 1833, p. 738).

Venons-en au propos intéressant peut-être mes lecteurs, que je présume  avides de précision et d’élégance dans la langue : 1) sauriez-vous identifier puis corriger mes erreurs horreurs ? 2) Avez-vous conservé ce type de documents et souhaitez-vous indiquer céans les perles agrémentant vos démarches d’emplois pour étudiants ?

Dans une frénésie saisonnière de rangement, j’ai exhumé de mes chemises cartonnées les lettres de motivation que j’expédiais jadis aux supermarchés dans l’espoir de financer mes vacances. Avec attendrissement, j’en ai relu les maladresses stylistiques et la fraîcheur naïve, le tout dactylographié au stylo-plume.

L’aspect :

Le contenu :

Madame, monsieur,

Mes études me laissent actuellement une durée conséquente, que je désire mettre à profit en travaillant.

Un poste de caissière me semble propice à réaliser ma première expérience de la vie en entreprise ; en effet, outre mon attirance pour les contacts humains, que l’atmosphère stimulante d’un supermarché permet de combler, j’apprendrai beaucoup du monde du travail en général, et du fonctionnement d’une grande surface en particulier.

Je suis bien consciente que mon manque d’expérience me fait défaut ; néanmoins, je pense que l’emploi de caissière nécessite, surtout, des qualités : aimabilité et politesse, rapidité, dynamisme et vigilance, plus que des diplômes. C’est pourquoi j’ose espérer que mon absence de références ne me défavorisera pas trop.

Enfin, je suis libre de tout engagement jusqu’à mi-octobre, et je me sens prête à participer à d’autres tâches que celle de caissière, si le besoin s’en fait sentir.

Dans l’attente d’une réponse, je vous prie d’agréer, madame, monsieur, l’expression de mes sentiments distingués.

Venons-en au jeu : sauriez-vous identifier puis corriger mes erreurs de forme ? A quoi ressemblaient vos propres lettres ?


Freelances : le blog, votre site de rencontres

25 avril 2009

Le blog anglophone Translation times présente un billet de Susan Johnston intitulé « 5 ways a blog can boost your freelance business ». J’en propose ci-dessous une traduction de mon cru, avec bien entendu la permission du site sus-mentionné ainsi que de l’auteur. Je vous renvoie également à son blog perso, pivot de cet article : clic !

***

Le blog pour améliorer ses activités freelance : 5 avantages-clés

A l’heure actuelle, pratiquement tout un chacun possède un site, excellent moyen de présenter une vitrine de ses réussites professionnelles et de ses compétences. Cependant, je conseille à ceux qui souhaitent sortir du lot d’ouvrir un blog. Voici en cinq points les avantages à en attendre pour les indépendants :

  1. Tisser des liens avec d’autres professionnels dans votre branche. Via mon blog, j’ai « rencontré » maints écrivains et autres freelances par affinités intellectuelles. Certains m’ont indiqué des astuces pour soigner ma stratégie commerciale, d’autres m’ont aiguillée vers de nouveaux projets. Tenir un blog procure dans tous les cas le sentiment d’appartenir à une communauté virtuelle : tout indépendant à domicile en a besoin pour surmonter l’isolement social ou la frustration occasionnelle à cause de clients difficiles.
  2. Gagner en crédibilité. Il y a plusieurs mois, j’ai contacté un éditeur afin de lui proposer mes services ; en réponse, elle a affirmé qu’elle connaissait déjà mes travaux via la lecture de mon blog. Inattendu n’est-ce pas ? Bien d’autres indépendants voient leur blog contribuer à les placer en situation de référence dans leur champ d’expertise, ce qui constitue une passerelle vers des clients voire des demandes d’interviews de la part des médias.
  3. Améliorer votre visibilité sur la Toile. Je ne suis qu’une Susan Johnston parmi le million d’homonymes sur Terre. Mais depuis que mon blog fait l’objet de mises à jour régulières et de nombreux liens entrants, il se trouve en deuxième position dans les résultats de recherches organiques par Google (mon site internet arrive en premier). Lorsque vos clients entreprennent une recherche sur votre nom – démarche fréquente – vous avez intérêt à les voir trouver les articles pertinents vous présentant comme le pro incontournable que vous êtes, et non une foule d’anciennes études que vous avez rédigées à la fac ni des photos issues de votre bulletin communautaire. Votre blog vous permet de vous assurer que c’est bien vous qui contrôlez votre image sur internet.
  4. Peaufiner vos compétences. A l’évidence, un blog permet d’exercer ses talents d’écriture. Toutefois, les bons blogueurs sont également d’astucieux chefs de projet, compétence utile à tout indépendant confronté à des échéances ou aux corrections collectives. Au fil de votre blog, vous apprendrez probablement à éditer et redimensionner des images, enregistrer un podcast ou encore manipuler le HTML de base. Imaginez qu’un jour un client demande :  « formidable, mais pourriez-vous ajouter X  ? ». Eh bien, désormais, vous le pourrez. Et comme de juste, vous pourrez facturer cette prestation supplémentaire.
  5. Révéler vos facettes humaines. Si votre site et votre profil LinkedIn présentent le volet professionnel de votre parcours, le blog vous offre l’opportunité de vous relâcher et d’exprimer votre personnalité. Il va de soi que l’abus de détails est proscrit – votre nuit à jouer au poker ou la soirée échevelée à écumer les bars – mais vous avez le loisir de rédiger de manière plus souple : ainsi, vos lecteurs et vos clients potentiels vous découvrent également en tant que personne.

Et vous ? La pratique du blog a-t-elle amélioré votre activité d’indépendant sous d’autres aspects ? Laissez-nous un commentaire pour nous raconter !

***

Note : titre modifié. C’est plus meilleur comme ça.

Les critiques constructives sont terriblement bienvenues, je ne demande qu’à progresser.

Ah, un détail au passage. Saviez-vous que les traducteurs sont assimilés à des auteurs ? Le plagiat, c’est très facile, très vilain et ça peut rapporter gros… à votre victime. Aussi seriez-vous bien aimables, si vous diffusez ce texte, d’en indiquer l’auteur d’origine ainsi que la traducteuse.

Mille grâces.


Traducteur et gamer ? Les MMO vous tendent les pixels !

21 mars 2009

J’ai le plaisir de vous présenter feu Gamel, mon personnage sur Elder Scrolls of Oblivion. Paix à ses pixels désintégrés dans la sauvagerie irrépressible d’un formatage imprévu.

Gamel

N'est-ce pas qu'il a l'air mutin ?

Un autre style, ma petite compagne sur FFXI pendant environ 4 ou 5 années.

Tarutaru sur FFXI

Tarutaru mage rouge sur FFXI

Je me doute que mes prodigieux exploits par pixels interposés ne passionnent que modérément, aussi ce billet portera-t-il plutôt sur le versant traduction des MMO.

S’engager dans la traduction de MMO représente une voie royale pour l’expatriation. Square Enix est à Londres, GOA à Dublin, Blizzard à Cork ; on trouve également des prestataires de localisation à Cambridge, en Allemagne, au Canada ou autres contrées (discutablement) exotiques. Les éditeurs assortissent à l’occasion ce déménagement de facilités alléchantes : forfait d’expatriation, aide au logement, accompagnement pour les démarches et autres broutilles  classiques du genre repas les jours ouvrés.  Les équipes de localisation, QA (qui arpentent le jeu pour répertorier les erreurs), community management (homologues de Benjamin Malaussène), GM (profession tenant du flic, du dépanneur en ligne et du gentil organisateur), facturation et autres puisant leurs recrues sous divers climats, mieux vaut choisir un environnement propice à  tous : un pays anglophone ou encore une région dans laquelle les habitants sont portés vers l’anglais, qui quoi qu’on en pleurniche reste plus accessible et répandu que le français. Connaissant mes compatriotes, les aventures rocambolesques d’un locuteur étranger cherchant à s’implanter ne doivent pas manquer de sel. Se dépatouiller entre bail, commerçants, services annexes d’un logement ou laborieuses explications au guichet d’une administration quelconque a donné lieu à des articles, témoignages voire bouquins délicieusement corsés.

M’occuper de MMO à domicile ne serait pas pour me déplaire, sauf que je ne suis guère optimiste quant à la faisabilité de la chose et honnêtement, vu le sens moyen de la sécurité informatique, il me serait difficile de formuler des objections. Là où j’ai bossé, corriger une erreur suppose d’accéder à une interface de consultation, puis d’intervenir directement sur la base de données et enfin de rédiger un rapport sur le résultat, autant de ressources sensibles. Big Brother veille au grain sur les accès au Net, afin de prévenir l’effarement d’une altération dans le contenu suite à un  innocent : « Zut alors, j’ai téléchargé par inadvertance une backdoor bien vicieuse, quelle maladresse!« . Aux dernières nouvelles, les utilisateurs lambdas ne sont pas forcément très avertis en matière de prudence sur le Net…

Autre motivation justifiant une présence sur place : une réactivité optimale, d’où fluidité des communications – je vous renvoie à l’intérêt d’une langue véhiculaire : l’anglais (renversant d’originalité non?). D’un instant à l’autre, une traduction urgente tombe, tous sur le pont et chacun à son poste pour plancher sur un texte dont l’échéance de livraison se situe dans… 15 minutes. Quelques exemples où la traduction ne souffre aucun retard: le QA lance l’alerte rouge car une phrase mal rédigée, une omission ou une inexactitude par rapport à l’environnement en jeu bloque des trouzaines de joueurs. Les clients manifestent une grogne suite à un dysfonctionnement : toutes affaires cessantes, il faut transmettre les paroles d’apaisement d’un responsable sur le site officiel. Un correctif urgent de quelques milliers de mots sera injecté ce soir même parallèlement à la publication des détails  qui y sont relatifs.  Ce ne sont là que des aperçus, bien entendu. Si ces missions prioritaires ne sont pas permanentes, elles se juxtaposent au quotidien à des dossiers de fond, auxquels correspondent également une échéance! Les MMO présentant la passionnante caractéristique de se renouveler constamment (extensions, quêtes et aventures, personnages, carrières, objets, zones ou instances…), l’ambiance et le travail sont dynamiques, les bévues donnent lieu à des résultats hautement comiques par l’avalanche de commentaires et le désœuvrement constitue une denrée rare. D’ailleurs, pour occuper les éventuels répits, vous n’avez qu’à bouquiner sur l’univers du jeu, surfer sur les sites communautaires voire participer en tant que joueur lambda au MMO sur lequel vous bossez. Ce n’est pas seulement autorisé mais carrément encouragé.

Parlons harmonisation. Les acteurs du contenu aiment à pinailler sur les noms : monstres, personnages, lieux, équipements ou autres. Le boulot se partage entre plusieurs traducteurs, selon la disponibilité, l’urgence, les spécialités, les goûts… Qui sur la présentation roleplay d’une carrière ; qui sur des dialogues ; qui sur les explications un peu techniques d’un patch ; qui sur les quêtes ; et ainsi de suite. Chacun alors de plonger dans la base de données et la mémoire de traduction partagée en réseau pour vérifier, rectifier, réviser, corriger encore voire revenir à une version antérieure. Le cas échéant, un collègue d’un autre service saura formuler la bonne réponse pertinente, d’où l’intérêt d’une concertation ultra-rapide. Des incohérences subsistent parfois, le traducteur choisit une orthographe ou une typographie parmi d’autres, promesse de re-passages à venir. Nouvel argument en faveur de la fluidité des communications et d’un sécurité informatique tatillonne : les équipes se partagent mémoire de traduction, glossaires papier ou en ligne, base de données et références diverses, constamment renouvelées et corrigées… et sensibles (très) aux malveillances ou maladresses !

Toujours concernant la sécurité, les éditeurs de jeux vidéo sont terriblement chatouilleux concernant le « NDA break » – les fuites d’info confidentielles. A quelle portée s’étend la confidentialité ? Quelques menues pistes très réelles : je participais à un forum de gamers, mais je devais taire mon travail. Un type qui planchait en tant que bénévole (rédacteur, graphiste, que sais-je) sur un site parlant d’un autre jeu a dû abandonner ce loisir pour raisons pro.  Certains mails sont barbouillés en rouge, en gras, en police 32 de « confidential » à l’intention d’une équipe restreinte. Ca prêterait à sourire… si les enjeux financiers de l’espionnage dans la profession ne pesaient pas aussi lourd.

Last but not least, en termes de relations humaines, cette expérience me laisse un souvenir des plus plaisants. Mes collègues – dont l’âge moyen devait au pifomètre avoisiner les 27 ans – sans piétiner leur professionalisme ni leur souci de qualité, ne laissaient pas leur humour au placard. Imbibés de culture gamer et geek, amateurs de ciné, manga, BD,  SF, fantasy, séries, cultivant la dérision par le ton  même du jeu, fréquentant les sites communautaires des JV, ils portaient sur leur travail un regard empreint d’amusement : on ne peut pas se prendre tout à fait au sérieux quand on bosse dans le créneau des MMO, surtout si l’entreprise entière cultive l’ironie par le contenu même…

Essayez donc de vous croire sorti de la cuisse de Jupiter, soit en jouant des personnages qui ressemblent à ça, soit en sachant que c’est par leur truchement que vous récoltez votre pain quotidien :

Un orc noir sur WAR

Un orc noir sur WAAAGH! ...heu, sur WAR

D’ailleurs, les vidéos de joueurs témoignent volontiers d’elles-mêmes de ce regard d’auto-dérision. Chaque MMO cultive son style d’humour : bandes dessinées, caricatures écrites ou graphiques, vidéos, captures d’écran au moment fatidique, blagues pour initiés, jargon, bons mots échangés sur les interfaces vocales…

J’aime les gamers. Quand je serai grande, je serai naine. Maintenant, afk reroll.


Quand le blog s’invite dans votre frigo

10 mars 2009

Billet éclair pour mentionner cet article à mes collègues lecteurs : certes, un blog consistant à faire part de ses sautes d’humeur et autres morceaux de bravoure du plus haut intérêt pour amuser ses amis n’est guère porteur ; néanmoins, les sites liés à des domaines pro pourraient bien constituer en effet une niche fort alléchante dans l’avenir, pour peu qu’une stratégie bien ficelée attire les offres en ce sens. Reste encore et toujours l’écueil des mentalités en faveur du bricolage amateur moins-cher-que-gratuit.

Mise à jour : la faculté se penche sur le sujet.

Ajout : tiens, pendant que j’y suis !