Le bénévolat, don sans retour ?

22 août 2009

Les vieux ne meurent pas, ils s’endorment un jour et dorment trop longtemps – J. Brel

L’association d’aide aux handicapés visuels à laquelle je participe est source de rencontres revigorantes. Chez ceux que je croise, les qualités semblent magnifiées et surpasser la ténacité des gens bien portants.

Récemment, j’ai accepté une mission consistant en l’accompagnement d’une ancienne de 99 ans. Bouffée de tendresse nostalgique au premier regard : elle ressemble à ma défunte grand-mère, dans son apparence, dans son attitude, dans ses formulations et jusqu’au rythme de sa voix. La conversation ressuscitait cent souvenirs charmants. Au terme d’une longue promenade émaillée de bavardages souriants,  nous sommes revenues chargées de victuailles. A cinq reprises au moins, ma compagne a évoqué ses scrupules à me voir porter ses courses, réclamant que je lui en cède une partie. Que répondre ?

… J’ai 30 ans et une femme presque centenaire éprouve de la gêne à me voir porter ses paquets pendant quelques minutes.

Ils ne le savent pas toujours, mes bénéficiaires en mission bénévole, mais si moi je les dépanne, en échange ils m’offrent un  trésor. Déterminés à défendre leur autonomie et leur dignité armés d’un sourire, ils me secouent. J’en émerge ragaillardie sur la force de ma propre volonté face aux tracas. Une goulée d’air frais – surtout quand ma partenaire m’inspire des souvenirs teintés d’affection…


Brises aveuglophiles

4 août 2009

Dans la ligne de ma catégorie « rien à voir« , la dernière récolte suite à un bavardage avec Un nuage d’école (oui, elle parle français).

Technique déjà éprouvée mais en cours de développement : l’écholocation humaine. J’avais vu une amie repérer des objets statiques via une formation sur les sons. Ici, ce principe s’étend à des applications plus ambitieuses : Les hommes peuvent eux aussi voir avec les oreilles !

Les aveugles & malvoyants ne se sentent pas tous à l’aise avec le Braille, d’où les progrès des interfaces vocales. A présent, d’aucuns imaginent un « doigt lecteur » permettant de déchiffrer ce langage pour l’écouter. A ce stade, pas davantage qu’un concept – il serait plus rapide d’apprendre le Braille que d’attendre la mise sur le marché. Néanmoins, qui sait où mèneront ces initiatives à long terme ? Voir Lire le Braille en Bluetooth. Espérons une large gamme d’idiomes pour la synthèse vocale.

Enfin, c’est vieux, mais je ne crois pas l’avoir déjà mentionné céans : le dessin aux épices. J’imagine très bien quelles activités ludiques et quelle éducation de l’odorat peut générer cette idée pour amuser petits, grands, non-voyants, voyants, dans des jeux aromatiques !

Echolocation : les hommes peuvent eux aussi voir avec les oreilles !


Un stylo bavard pour les aveugles

26 juin 2009

« Not the senses I have but what I do with them is my kingdom.« 

(H. Keller)

Olivier Brisse (présent sur Facebook dailleurs)

Olivier Brisse (présent sur Facebook d'ailleurs)

Depuis mes 14 ans (ce qui ne nous rajeunit pas), je le professe sans en démordre : il n’est point besoin d’apitoiements larmoyants alors que l’existence des gens en général s’améliore par l’application de stratégies concrètes, y compris via les progrès technologiques (évoqués dans ce billet).

L’une des actions fondamentales d’un aveugle consiste à organiser son espace avec minutie. Foin de maniaquerie, cette nécessité concerne la survie. Les pagailleux affectés d’une myopie gratinée mesurent pleinement l’intérêt d’un rangement rigoureux le jour où leurs binocles décident de se cacher ou de se casser. Expériences garanties de première main : s’empêtrer dans un obstacle inaperçu sur le trajet, passer de longues minutes à distinguer des produits alimentaires aux emballages semblables (épices, conserves…), nez collé au bureau dans l’espoir insensé d’identifier une paperasse, clefs égarées sur une étagère quelconque, perte de temps irritante à fouiller le placard à pharmacie pour dénicher un bête antalgique… bref, j’en passe et des pas mûres.

Ordoncques, avant-hier, un monsieur (non, pas O. Brisse) m’a présenté ceci :

Un stylo qui cause

Stylo causeur

Ce bidule s’appelle un stylo optique numérique. Le principe s’apparente aux scanners des supermarchés : un code-barre sur un objet renvoie à une information « en clair » ; dans le cas présent, l’appareil l’énoncera par synthèse vocale au lieu de l’afficher sans moufter sur un écran. Las! Comme souvent, la synthèse vocale ne propose qu’un nombre restreint de langues.

Par exemple, le code-barre peut signifier : facture EDF, aspirine 250, petits pois en boîte. L’utilisateur peut librement définir lui-même les correspondances qui l’arrangent, en produire des étiquettes autocollantes puis classer ainsi ses affaires. Débuter cette organisation réclame un temps monstre mais, d’après mon interlocuteur, le jeu en vaut la chandelle. Lui, il élabore ses propres étiquettes avec l’aide d’une amie disposant d’une imprimante spéciale (autocollant + plastifié). En effet, l’entreprise (la seule !) produisant le stylo-lecteur vend des étiquettes sur commande, aux inconvénients près d’un prix rébarbatif et d’un formatage laissant à désirer. Ensuite, le monsieur colle l’étiquette toujours au même endroit sur le même type d’objet. Un léger relief indique avec certitude au toucher où passer le stylo causeur. Le tour est joué : effleurer l’appareil sur le code-barre énoncera d’une voix intelligible, par synthèse vocale, la nature de ses affaires parmi des formes similaires – comme des boîtes de conserve ou les archives de courrier important.

Toujours à l’affût des innovations technologiques pour faciliter l’autonomie des handicapés, je tenais à partager cette découverte avec mes lecteurs. Ne vous privez pas de me communiquer vos informations complémentaires ou de réagir sur mes bavardages !


Des braillements qui n’ont rien à voir

9 mai 2009

Aveuglophile depuis quelque 16 années, je consacre cet article à diffuser un aperçu de mes connaissances. Au passage, les curieux pourront engranger quelques vocables spécifiques. Vous remarquerez aussi des « R » émaillant ma prose.  Au fil des ans, certaines questions reviennent souvent : j’y réponds ici par anticipation. D’emblée, paf ! R1 : à ma connaissance, ma famille ne comporte aucun déficient visuel sauf de banals binoclards – dont moi-même.

Transcription en relief des caractères « en noir » (visuels), le Braille se présente comme un alphabet articulé en 6 points. L’illustration ci-dessous indique les lettres de base selon la norme française :

Alphabet de base en Braille

D’autres langues comme l’hébreu, le japonais, le coréen… codent différemment les signes. En outre, le système français prévoit bien entendu des symboles pour les chiffres, le calcul, la ponctuation, les lettres spécifiques (accents, @…) – j’en ignore moult. N’importe quel texte en Braille suppose un papier spécial, très épais. Nos bonnes feuilles classiques pour voyants ont à peu près autant de chances de survivre au premier mot que moi de devenir Très Gracieuse Majesté.

Moyen le plus économique d’écrire en Braille : une bonne vieille tablette en ferraille dans laquelle insérer la paperasse, flanquée d’une réglette amovible et d’un poinçon. Il en existe divers modèles.

Valeur sûre pour les braillements

R2 : je n’ai certes pas développé la sensibilité tactile d’un aveugle. Je lis les reliefs avec mes yeux.

Le texte s’écrit à l’envers, puis en retournant la feuille on le lit à l’endroit. Pour raturer les erreurs, il suffit de « renfoncer » la bosse importune avec le poinçon, ni vu ni connu. Malgré ses avantages lors des déplacements, ce matériel n’est pas des plus confortables à utiliser. Personnellement, au bout de quelques pages, je le trouve franchement pénible pour la main, le poignet et l’avant-bras. La technologie a inventé mieux :

Machine à écrire Perkins

Machine à écrire type Perkins

Ou encore, versant informatique, des claviers comportant une ligne défilant le texte en Braille avec un système de points se soulevant ou s’abaissant : une « plage Braille » :

Plage braille

Plage braille

Vous remarquerez que l’utilisateur se sert de sa senestre. D’après mes observations, les aveugles utilisent leurs deux mains pour lire en Braille.

R3 : l’apprentissage m’a pris quelques semaines pour atteindre le niveau permettant de correspondre entre copines – allusion subtile aux prémices de mon penchant aveuglophile. Initiée dans ce cadre purement ludique, les conventions du Braille pour les maths (entre autres) m’ont échappé.

Bien entendu, les textes en Braille représentent un volume autrement plus consistant que leurs équivalents en noir, même avec le système abrégé. Des motifs pratiques conduisent tout naturellement à développer les outils audio sur ce marché. Maints handicapés visuels recourent à des interfaces vocales (le son qui rend fou). [Edit 11 mai] Y compris en informatique avec les logiciels de lecture d’écran. Les malvoyants quant à eux utilisent également des loupes et/ou des filtres de couleurs sur leur ordinateur.

Les contenus deviennent accessibles via divers procédés. A l’ancienne : lecteurs humains de visu ou encore supports audio classiques (cassettes et, plus récemment, CD). Les bénévoles lisent le texte à voix haute dans un studio d’enregistrement, les techniciens s’occupent des réglages. A l’arrivée, le document produit s’achète, se loue, se donne, s’emprunte en librairie ou bibliothèque spécialisée (y compris numérique). Les progrès aboutissent à un élan de normalisation : Daisy propose un modèle dans lequel insérer un CD spécialement formaté. La navigation permet de retrouver ainsi les chapitres, les paragraphes, l’historique de la lecture ; le débit et la voix se paramètrent au gré du lecteur…

Cet appareil un tantinet encombrant se décline également en version de poche. Impossible d’y glisser un CD : le document est stocké sur une puce. A noter que, la dernière fois que je me suis renseignée, ces dispositifs n’offraient que l’anglais et le français en synthèse vocale.

Cette présentation succincte ne saurait lister l’ensemble des produits et des infrastructures pour aveugles et malvoyants. Des sites entiers évoquent les montres, les imprimantes Braille, les cannes en diverses déclinaisons, les engins pour prendre des notes, les logiciels… sans oublier les aspects financiers, scientifiques, sociaux et humains du handicap au quotidien.

Pour fêter ce premier billet non-traductophile, je m’offre une nouvelle catégorie regroupant mes articles hors sujet par rapport au thème central du blog. Il fallait bien s’en douter, elle s’intitulera : rien à voir.