Préjugés courants sur les traducteurs

Article réjouissant autant que didactique déniché sur Translationdirectory et dont l’auteur, Clint Tustison, rectifie quelques préjugés par trop répandus dans le petit monde des traducteurs et de leur clientèle. J’en propose ici une traduction de mon cru, avec bien entendu permission de l’intéressé et un lien vers son site.

***

Bien souvent, les traducteurs traversent des vicissitudes à cause de clients mal informés nourrissant une approche erronée du métier. A maintes reprises, il reviendra aux professionnels de rectifier ces opinions afin de balayer certains mythes récurrents.

Parmi les diverses idées reçues rencontrées au fil de mon parcours, j’en ai sélectionné 10 dans l’espoir que vous en apprécierez la lecture. Pourquoi ne pas exploiter cette liste pour aider vos partenaires à mieux saisir le fonctionnement de votre métier ?

1. Les traducteurs sont simplement des gens sachant parler deux langues ou davantage.

Ce mythe s’inscrit parmi les plus courants chez les profanes. Il ne suffit pas de connaître deux langues pour savoir traduire. A la surprise des non-initiés, cet exercice requiert des compétences autrement pointues.

2. Les traducteurs peuvent traiter n’importe quel contenu correspondant à une de leurs langues.

Les traducteurs compétents se spécialisent dans des secteurs ciblés, souvent corrélés ; ainsi, ils peuvent suivre les évolutions dans leur champ d’expertise et s’informer des tendances en vogue. A l’inverse, les traducteurs sans expérience ou médiocres déclarent volontiers qu’ils peuvent traiter n’importe quel document.

3. Traduire d’une langue vers une autre (ex. espagnol vers anglais) revient au même que l’opération inverse (ex : anglais vers espagnol).

Certains traducteurs travaillent avec efficacité dans les deux sens ; toutefois, ils sont relativement rares. Bien des clients s’imaginent que le travail est identique d’une langue à une autre, peu importe le sens. Or, chacun cultive une langue dominante ; le traducteur et son partenaire obtiendront des résultats bien supérieurs vers l’idiome principal.

4. Les traducteurs n’ont guère besoin de temps pour effectuer leur prestation.

Là encore, bien des clients s’imaginent que traduire représente un exercice facile au résultat quasi instantané. Un traducteur averti prendra soin d’expliquer à ses partenaires qu’une prestation de qualité ne saurait s’obtenir sans échéance adéquate.

5. Un locuteur de langue maternelle traduira toujours mieux qu’un locuteur ayant appris la langue.

Ce mythe s’apparente au n°1. Il ne suffit pas de parler sa langue maternelle pour garantir une prestation de qualité. Le métier de traducteur réclame le sens de la discipline ainsi qu’un solide apprentissage, alliés à une pratique constante. Un locuteur de langue maternelle ne saurait développer naturellement toutes ces qualités – voire une seule d’entre elles. Cette réalité semble échapper aux clients.

6. Les traducteurs apprécient que leur client modifie leur travail après la livraison.

Le traducteur qui a rédigé, révisé, retraduit et parachevé une commande ne voit assurément pas d’un œil favorable des modifications après livraison. Trop souvent, des personnes bien intentionnées en relation avec le client s’imaginent que le traducteur n’a pas su restituer un passage. Toutefois, presque à coup sûr, ces bonnes intentions se révèlent sans fondement réel. En conséquence, la qualité de la traduction s’en trouve altérée – sans oublier que la réputation du traducteur risque d’en souffrir.

7. Seuls les traducteurs affiliés à une corporation de professionnels sont fiables.

Maints traducteurs effectuent d’excellentes prestations sans s’être jamais affiliés à une quelconque corporation. Ces prétendues fédérations ne régissent pas l’intégralité de la profession sur Terre. Leurs critères d’évaluation ne représentent  qu’un cadre abstrait parmi d’autres. Quant à moi, j’estime qu’une liste de clients satisfaits constitue un indicateur bien plus fiable.

8. Les traducteurs peuvent aussi s’adonner à l’interprétariat.

Traduction et interprétariat ne sont pas synonymes : le traducteur exerce à l’écrit et l’interprète à l’oral. Les compétences sont bien différentes entre ces deux métiers.

9. Les traducteurs aiment travailler pour l’amour de l’art.

La plupart des traducteurs sont disposés à travailler bénévolement à l’occasion. Toutefois, ils n’en restent pas moins des praticiens ayant besoin de gagner leur vie. Chez la majorité d’entre eux, ce métier ne relève pas du hobby ; aussi est-il déplacé de leur demander des prestations à titre gracieux.

10. Un traducteur chevronné accepte n’importe quelle proposition de rémunération.

Les traducteurs compétents fixent une fourchette de tarif dont ils ne s’écartent guère. Régulièrement, les clients font jouer la concurrence entre professionnels dans l’espoir de remporter une prestation à moindres frais. Toutefois, lorsque la rémunération plonge trop, un traducteur averti préfère délaisser le contrat car il tirera meilleur parti de son temps autrement. En revanche, un novice (ou un traducteur moins compétent) accepte n’importe quel tarif. Auquel cas les clients obtiennent la prestation correspondant à leur barème.

***

Les critiques constructives sont terriblement bienvenues, je ne demande qu’à progresser.

Ah, un détail au passage. Saviez-vous que les traducteurs sont assimilés à des auteurs ? Le plagiat, c’est très facile, très vilain et ça peut rapporter gros… à votre victime. Aussi seriez-vous bien aimables, si vous diffusez ce texte, d’en indiquer l’auteur d’origine ainsi que la traducteuse.

Mille grâces.

14 commentaires pour Préjugés courants sur les traducteurs

  1. artsime dit :

    J’aime beaucoup la façon dont les articles sont rédigés, on voit la patte d’un traducteur de talent😉

  2. dhoulfaqar dit :

    Salam,
    Concernant le point n° 5, cela ne contredit-il pas le principe enseigné à l’esit dont tu m’avais fait part, selon lequel il faudrait traduire vers sa langue maternelle ?

  3. transtextuel dit :

    Il est toujours plaisant de recevoir des appréciations positives sur la qualité d’une prestation, mille grâces !🙂

  4. transtextuel dit :

    salam Dhoulfaqar,

    Le point évoqué par l’auteur ne remet absolument pas en question ce fait connu : toujours travailler vers sa langue maternelle (voir point n°3 ici). Le propos consiste plutôt à contredire une idée reçue selon laquelle la seule compétence linguistique suffit à produire de bons travaux. Il ne suffit pas d’avoir grandi en Fr pour parler et écrire avec aisance en français.🙂 Alors concernant les autres compétences nécessaires… C’est ainsi que je l’ai compris du moins.

  5. dhoulfaqar dit :

    Salam,
    J’en profite aussi pour te dire bravo ! Ton blog est excellent, les sujets abordés sont pertinents et couvrent les principaux domaines de la traduction. L’approche est originale, alliant humour et éloquence. Je te souhaite de persévérer dans cette voie. Bon courage.

  6. transtextuel dit :

    Salam Dhoulfaqar,

    Je suis particulièrement touchée quand ces encouragements émanent de pros de la traduction (comme toi) ou d’amateurs avertis de la langue.🙂 Ca me fait chaud au cœur.

  7. dhoulfaqar dit :

    Salam,
    Merci pour les petites retouches, qui pour le coup ne font pas très pro.

  8. DAZahid dit :

    Salam,

    Le point 6, concernant les modifications après livraison, me laissent sans voix.
    En dehors du fait de voir son travail de professionnel modifié -et donc d’une certaine manière remis en cause, cela peut sûrement engendrer des conséquences plus fâcheuses (dans le cas de traductions modifiées pour des médicaments, des outils, des machines, etc.). N’y a-t-il pas de précautions qui pourraient être prises dans le contrat pour éviter cela ?

  9. Ilaria dit :

    Hello and thank you for this post. It’s always useful to bring up aspects that, although often given for granted, in the end get neglected. I particularly like #9 and couldn’t agree more; translating is a job, a profession if you like, not a hobby or a mission. Unfortunately in publishing this has not been totally understood –at least in Italy, where translating « for art’s sake » is still not so rare.

  10. transtextuel dit :

    @Dazahid,
    Salam,

    Chez les salariés, la traduction revient automatiquement à l’entreprise. Chez les indépendants en revanche, la « paternité » revient au traducteur. J’imagine que les CGV pourraient constituer une barrière.

    @Ilaria :
    Hey there, cat lover🙂
    I have met people who think that translation should be free as well. I guess it is somehow based on #4 : translating (and also writing) is thought to be as easy and fast as a random message on a forum.

  11. […] Dit artikel is ook gepubliceerd in het Frans door Transtextuel. […]

  12. dominique dit :

    Merci pour ce billet, ayant eu quelques expériences malheureuses avec des traducteurs…🙂

  13. langueparole dit :

    On ne peut qu’etre d’accord. Il y a quelques mois J’ai écrit une petite guide qui touchait plus ou moins les memes themes sur mon blog et dont le but étais celui d' »éduquer » les clients à comprendre ce que la traduction est en réalité, au-delà de tous les préjugés qui sont ainsi diffusés…

    Marina

  14. … de quoi se reconnaître plus souvent qu’à son tour: j’exerce aussi le beau (!) métier de traducteur « professionnel », comme on dit.

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