Des braillements qui n’ont rien à voir

Aveuglophile depuis quelque 16 années, je consacre cet article à diffuser un aperçu de mes connaissances. Au passage, les curieux pourront engranger quelques vocables spécifiques. Vous remarquerez aussi des « R » émaillant ma prose.  Au fil des ans, certaines questions reviennent souvent : j’y réponds ici par anticipation. D’emblée, paf ! R1 : à ma connaissance, ma famille ne comporte aucun déficient visuel sauf de banals binoclards – dont moi-même.

Transcription en relief des caractères « en noir » (visuels), le Braille se présente comme un alphabet articulé en 6 points. L’illustration ci-dessous indique les lettres de base selon la norme française :

Alphabet de base en Braille

D’autres langues comme l’hébreu, le japonais, le coréen… codent différemment les signes. En outre, le système français prévoit bien entendu des symboles pour les chiffres, le calcul, la ponctuation, les lettres spécifiques (accents, @…) – j’en ignore moult. N’importe quel texte en Braille suppose un papier spécial, très épais. Nos bonnes feuilles classiques pour voyants ont à peu près autant de chances de survivre au premier mot que moi de devenir Très Gracieuse Majesté.

Moyen le plus économique d’écrire en Braille : une bonne vieille tablette en ferraille dans laquelle insérer la paperasse, flanquée d’une réglette amovible et d’un poinçon. Il en existe divers modèles.

Valeur sûre pour les braillements

R2 : je n’ai certes pas développé la sensibilité tactile d’un aveugle. Je lis les reliefs avec mes yeux.

Le texte s’écrit à l’envers, puis en retournant la feuille on le lit à l’endroit. Pour raturer les erreurs, il suffit de « renfoncer » la bosse importune avec le poinçon, ni vu ni connu. Malgré ses avantages lors des déplacements, ce matériel n’est pas des plus confortables à utiliser. Personnellement, au bout de quelques pages, je le trouve franchement pénible pour la main, le poignet et l’avant-bras. La technologie a inventé mieux :

Machine à écrire Perkins

Machine à écrire type Perkins

Ou encore, versant informatique, des claviers comportant une ligne défilant le texte en Braille avec un système de points se soulevant ou s’abaissant : une « plage Braille » :

Plage braille

Plage braille

Vous remarquerez que l’utilisateur se sert de sa senestre. D’après mes observations, les aveugles utilisent leurs deux mains pour lire en Braille.

R3 : l’apprentissage m’a pris quelques semaines pour atteindre le niveau permettant de correspondre entre copines – allusion subtile aux prémices de mon penchant aveuglophile. Initiée dans ce cadre purement ludique, les conventions du Braille pour les maths (entre autres) m’ont échappé.

Bien entendu, les textes en Braille représentent un volume autrement plus consistant que leurs équivalents en noir, même avec le système abrégé. Des motifs pratiques conduisent tout naturellement à développer les outils audio sur ce marché. Maints handicapés visuels recourent à des interfaces vocales (le son qui rend fou). [Edit 11 mai] Y compris en informatique avec les logiciels de lecture d’écran. Les malvoyants quant à eux utilisent également des loupes et/ou des filtres de couleurs sur leur ordinateur.

Les contenus deviennent accessibles via divers procédés. A l’ancienne : lecteurs humains de visu ou encore supports audio classiques (cassettes et, plus récemment, CD). Les bénévoles lisent le texte à voix haute dans un studio d’enregistrement, les techniciens s’occupent des réglages. A l’arrivée, le document produit s’achète, se loue, se donne, s’emprunte en librairie ou bibliothèque spécialisée (y compris numérique). Les progrès aboutissent à un élan de normalisation : Daisy propose un modèle dans lequel insérer un CD spécialement formaté. La navigation permet de retrouver ainsi les chapitres, les paragraphes, l’historique de la lecture ; le débit et la voix se paramètrent au gré du lecteur…

Cet appareil un tantinet encombrant se décline également en version de poche. Impossible d’y glisser un CD : le document est stocké sur une puce. A noter que, la dernière fois que je me suis renseignée, ces dispositifs n’offraient que l’anglais et le français en synthèse vocale.

Cette présentation succincte ne saurait lister l’ensemble des produits et des infrastructures pour aveugles et malvoyants. Des sites entiers évoquent les montres, les imprimantes Braille, les cannes en diverses déclinaisons, les engins pour prendre des notes, les logiciels… sans oublier les aspects financiers, scientifiques, sociaux et humains du handicap au quotidien.

Pour fêter ce premier billet non-traductophile, je m’offre une nouvelle catégorie regroupant mes articles hors sujet par rapport au thème central du blog. Il fallait bien s’en douter, elle s’intitulera : rien à voir.

3 commentaires pour Des braillements qui n’ont rien à voir

  1. h16 dit :

    Très intéressant.

  2. Taissir dit :

    As salam alaykum,

    Ben j’aime trop ce rien à voir ! il est vraiment très intéressant, merci.

  3. […] Depuis mes 14 ans (ce qui ne nous rajeunit pas), je le professe sans en démordre : il n’est point besoin d’apitoiements larmoyants alors que l’existence des gens en général s’améliore par l’application de stratégies concrètes, y compris via les progrès technologiques (évoqués dans ce billet). […]

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