Et vous, vous facturez vos convictions à l’heure ou plutôt au mot-cible ?

J’apprécie le blog eel in the air : Ilaria se montre férue de matous, de chocolat et de bouquins – une femme selon mon cœur !

Elle soulève une problématique des plus passionnantes pour les amateurs de dissections capillaires : « What do you do when the text you’re translating addresses not the translator in you, but rather the person? » – ou, plus largement, comment manœuvrer entre professionnalisme et sens des valeurs ?

Charyn & Boucq - Bouche du Diable

Charyn & Boucq - Bouche du Diable

Sommes-nous, traducteurs, des véhicules passifs dans la diffusion des opinions, cultures, idées, pratiques, mouvances ? Le choix du matériau à restituer est-il dénué de sens ? Un traducteur peut-il être engagé ? Doit-il l’être ? Peut-il se le permettre d’ailleurs ? Les convictions s’effacent-elles devant la neutralité du praticien ? (définissez « neutralité » en 5.000 mots, vous avez 3 heures)

Voilà qu’un donneur d’ouvrage sollicite une prestation aux augures favorables : client régulier, rémunération confortable, éventualité d’alléchants contrats via une visibilité accrue ou autres avantages. Muni de cotillons simples et de souliers plats, le traducteur soudain s’interroge à la vue du sentier sur lequel il s’engage : quels risques de flanquer par terre veau, vache, cochon et couvée en empruntant ce Mal-Pas de réputation douteuse ? L’affaire s’annonce-t-elle si juteuse ?

Comment naviguer entre la force de l’ambition, les conséquences sur la réputation, les perspectives en matière de clientèle et de contrats, les nécessités de l’existence (la génération spontanée de poulets rôtis n’étant pas encore au point dans nos frigos), la voix de la conscience, les enjeux en diffusant des idées que nous estimons erronées voire malpropres…. et maints paramètres que j’ai oubliés ou que j’ignore ?

Comment planez-vous au-delà de ces abîmes ? Comment, le cas échéant, présentez-vous les limites non négociables de vos prestations ?


Lecteur, lecteuse, ce billet tient lieu d’avertissement quant à ma tendance prononcée à préférer les questions aux réponses. Et je ne sais pas me servir proprement d’un scanner, aussi.

3 commentaires pour Et vous, vous facturez vos convictions à l’heure ou plutôt au mot-cible ?

  1. Ilaria dit :

    Hello and thank you for expanding the topic so well!
    Generally speaking, you can of course refuse a project you don’t agree with. The question gets more complicated when you have already accepted a job and you find, here and there, questionable elements. Suggesting a « one-strategy-fits-all » is not feasible, clearly. A wide-open communication channel with your client (a publisher, in my case) is certainly more effective, as it allows you to develop each time a tailor-made possible solution, posssibly and ideally encompassing both faithfulness to the source text and to the client’s aims.

  2. transtextuel dit :

    Thanks for having raised the question on your blog !

    I am eager to further read about the issue.

  3. […] Et vous ? Vous facturez vos convictions à l’heure ou plutôt au mot-cible ? […]

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