“Not the senses I have but what I do with them is my kingdom.“
Depuis mes 14 ans (ce qui ne nous rajeunit pas), je le professe sans en démordre : il n’est point besoin d’apitoiements larmoyants alors que l’existence des gens en général s’améliore par l’application de stratégies concrètes, y compris via les progrès technologiques (évoqués dans ce billet).
L’une des actions fondamentales d’un aveugle consiste à organiser son espace avec minutie. Foin de maniaquerie, cette nécessité concerne la survie. Les pagailleux affectés d’une myopie gratinée mesurent pleinement l’intérêt d’un rangement rigoureux le jour où leurs binocles décident de se cacher ou de se casser. Expériences garanties de première main : s’empêtrer dans un obstacle inaperçu sur le trajet, passer de longues minutes à distinguer des produits alimentaires aux emballages semblables (épices, conserves…), nez collé au bureau dans l’espoir insensé d’identifier une paperasse, clefs égarées sur une étagère quelconque, perte de temps irritante à fouiller le placard à pharmacie pour dénicher un bête antalgique… bref, j’en passe et des pas mûres.
Ordoncques, avant-hier, un monsieur (non, pas O. Brisse) m’a présenté ceci :
Ce bidule s’appelle un stylo optique numérique. Le principe s’apparente aux scanners des supermarchés : un code-barre sur un objet renvoie à une information « en clair » ; dans le cas présent, l’appareil l’énoncera par synthèse vocale au lieu de l’afficher sans moufter sur un écran. Las! Comme souvent, la synthèse vocale ne propose qu’un nombre restreint de langues.
Par exemple, le code-barre peut signifier : facture EDF, aspirine 250, petits pois en boîte. L’utilisateur peut librement définir lui-même les correspondances qui l’arrangent, en produire des étiquettes autocollantes puis classer ainsi ses affaires. Débuter cette organisation réclame un temps monstre mais, d’après mon interlocuteur, le jeu en vaut la chandelle. Lui, il élabore ses propres étiquettes avec l’aide d’une amie disposant d’une imprimante spéciale (autocollant + plastifié). En effet, l’entreprise (la seule !) produisant le stylo-lecteur vend des étiquettes sur commande, aux inconvénients près d’un prix rébarbatif et d’un formatage laissant à désirer. Ensuite, le monsieur colle l’étiquette toujours au même endroit sur le même type d’objet. Un léger relief indique avec certitude au toucher où passer le stylo causeur. Le tour est joué : effleurer l’appareil sur le code-barre énoncera d’une voix intelligible, par synthèse vocale, la nature de ses affaires parmi des formes similaires – comme des boîtes de conserve ou les archives de courrier important.
Toujours à l’affût des innovations technologiques pour faciliter l’autonomie des handicapés, je tenais à partager cette découverte avec mes lecteurs. Ne vous privez pas de me communiquer vos informations complémentaires ou de réagir sur mes bavardages !


26 juin 2009 à 11:12
C’est bien mais ça fait un gadget en plus. Y aurait pas moyen de faire moins cher avec des qr-codes et un smartphone ?
26 juin 2009 à 11:28
Effectivement, je ne trouve pas que cet appareil présente un intérêt vital pour la survie d’un aveugle ou malvoyant. Reste que ce petit pas en direction de l’autonomie rend la vie plus facile et plus confortable : c’est déjà pas si mal !
Les idées pour des améliorations technologiques ne manquent pas à vrai dire ; reste que les consommateurs de ces inventions correspondent davantage à une niche commerciale qu’à un marché de masse. La cible se restreint encore selon les régions : environnement d’ensemble propice (scolarisation classique assortie de formations spécifiques par exemple) + ressources financières + formation individuelle en partenariat avec des spécialistes (pour le paramétrage d’un appareil par exemple).
26 juin 2009 à 11:49
Cérémonie de graduation (comment qu’on dit français, la traducteuse?) d’une aveugle
http://egyptiangumbo.com/legally-blind-muslim-sisters-commencement-speech-454.htm
28 juin 2009 à 6:37
En français, je dirais : quand quelqu’un rassemble sa détermination, l’obstacle principal est franchi.
Ce triomphe de la volonté m’épate à chaque fois et je m’efforce d’en prendre de la graine pour secouer ma propre inertie.
“remise des diplômes” ?